Chez BDK Parfums, chaque flacon raconte une histoire – et celle de son fondateur, David Benedek, en est le point de départ. Petit-fils de l’un des pionniers de la distribution de parfums à Paris, il grandit au milieu des senteurs mythiques et des récits de grands noms de la parfumerie. En 2016, il décide de transformer cet héritage familial en projet d’entreprise : il lance BDK Parfums, une maison indépendante fondée sur trois piliers – création libre, production 100 % française et distribution sélective. Portée par une vision à la fois artisanale et stratégique, la marque connaît un essor fulgurant, notamment à l’international. Rencontre avec un entrepreneur qui conjugue mémoire olfactive et audace contemporaine.

Votre histoire familiale est intimement liée à l’univers du parfum. En quoi cet héritage a-t-il influencé votre approche entrepreneuriale chez BDK Parfums ?

Mon histoire familiale est au cœur de BDK Parfums. La maison est née d’un héritage précieux, transmis à travers trois générations, où la passion, le savoir-faire et l’art de la parfumerie se retrouvent dans chaque création. Mes grands-parents, venus de Roumanie dans les années 50, ont ouvert leur première parfumerie à Paris en 1959, un lieu qui est devenu un rendez-vous parisien pour les amateurs de parfums venus du monde entier. J’ai grandi dans cet environnement, entouré de fragrances, de flacons, et surtout de cette passion familiale.

Après des études en économie et à l’Institut Français de la Mode, où j’ai approfondi mes connaissances avec des professionnels comme ceux de Givaudan et Cinquième Sens, j’ai ressenti le besoin de créer ma propre maison. Avec la création de BDK Parfums en 2016, je souhaite faire vivre cet héritage multiculturel, tout en offrant une vision audacieuse et moderne, très parisienne, de la parfumerie. Cet héritage familial m’a donné le goût de l’excellence, mais aussi le désir d’innover et de réinventer ce que peut être la parfumerie aujourd’hui. BDK Parfums, c’est donc une maison qui honore ses racines tout en repoussant les limites, avec l’envie de faire vibrer l’âme du parfum de façon contemporaine et unique.

Vous ouvrez fin janvier 2024 votre première boutique au 312 rue Saint‑Honoré, conçue comme une "bibliothèque olfactive" sur trois niveaux, avec mezzanine et salon privé. Pourquoi avoir choisi cet emplacement et ce concept retail pour incarner l’identité de BDK ?

Depuis le lancement de BDK Parfums en 2016, j’ai toujours rêvé d’ouvrir une boutique à Paris, et ce rêve est devenu réalité en janvier 2024 avec l’ouverture au 312 rue Saint-Honoré. Ce lieu est chargé de sens pour moi et ma famille, puisque c’est tout près, à l’angle de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré, que mes grands-parents avaient ouvert leur première parfumerie dans les années 60, destinée aux visiteurs étrangers de la capitale.

Cette boutique est donc bien plus qu’un simple point de vente, c’est un hommage à cette histoire familiale et un moment clé pour la Maison. Pour célébrer cette étape, nous avons créé un parfum exclusif, "312 Saint-Honoré", inspiré de l’atmosphère et des matériaux de ce lieu, reflet de l’essence même de Paris.

Le concept retail s’est voulu un espace de vie, un véritable "havre urbain" au cœur de Paris, réparti sur trois niveaux qui communiquent entre eux sans portes, ouverts sur la rue. Avec les architectes Arthur Blanche et Daniele Profita, nous avons choisi des matériaux bruts et minéraux comme la pierre blanche de Bourgogne et le travertin, pour créer un cadre intime et chaleureux, où la lumière naturelle joue un rôle central. Cette transparence entre l’intérieur et l’extérieur symbolise aussi la philosophie de la maison : élégance, simplicité et authenticité.

Cette boutique incarne pleinement l’identité de BDK Parfums — un lieu où les visiteurs peuvent s’immerger dans une véritable expérience olfactive, au cœur d’un espace à la fois contemporain, chaleureux et chargé d’histoire. C’est un véritable écrin qui permet à la Maison de s’exprimer pleinement et de manière vivante tout au long de l’année, grâce à un calendrier riche en événements, rencontres avec les créateurs, et animations dédiées à l’art du parfum. Ce lieu devient ainsi un point de rencontre et de partage, où une célébration des individualités, qui se dévoilent à travers l’art du parfum.

Qu’est-ce qui vous a convaincu, en 2016, qu’il était possible de créer une maison de parfums indépendante et haut de gamme dans un marché dominé par les grands groupes ?

En 2016, j’étais convaincu qu’il existait encore une place pour une maison indépendante portée par une vision sincère, ambitieuse et libre. Le marché est certes dominé par les grands groupes, mais le public, notamment les nouvelles générations, est en quête d’authenticité, de singularité et de récit. En m’appuyant sur mon héritage familial, le savoir-faire français et une approche artistique de la parfumerie, j’ai voulu créer un véritable studio olfactif parisien, en mouvement permanent. Chez BDK, chaque parfum est pensé comme une expérience émotionnelle, ancrée dans son époque mais conçue pour traverser le temps.

"Le marché est certes dominé par les grands groupes, mais le public, notamment les nouvelles générations, est en quête d’authenticité, de singularité et de récit"

La parfumerie de niche vit une nouvelle ère : elle ne suit pas les tendances, elle les initie. Elle devient un territoire d’expression puissant, où la créativité est reine, et c’est exactement là que BDK trouve sa légitimité. BDK Parfums repousse les limites du temps et nos créations dessinent un sillage à la fois libre et visionnaire, incitant à la réinvention de l’élégance, ancrée dans la modernité de Paris.

Avec environ 20 références et un prix indicatif de 190 € les 100 ml, vous êtes positionné en haut de gamme. Quels défis logistiques et économiques représente ce choix de gamme, avec 500 points de vente en France et à l’international ?

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BDK Parfums propose aujourd’hui 23 fragrances unisexes (dont une exclusivité Harrods lancée début juillet), 6 parfums pour cheveux, 5 bougies parfumées et 3 lessives parfumées. Nos prix vont de 16 € pour le coffret découverte (4 échantillons) à 270 euros pour les formats les plus exclusifs de la collection Extrait, avec un prix indicatif autour de 205 euros les 100 ml pour nos parfums classiques.

Depuis notre lancement en juin 2016 à Paris, nous sommes présents dans 63 pays, avec plus de 750 points de vente exclusifs. Nos marchés clés sont la France, les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Moyen-Orient. Parmi nos partenaires stratégiques figurent les Galeries Lafayette Champs-Élysées à Paris, Harrods à Londres et Harvey Nichols à Doha.

Les défis logistiques et économiques sont importants : garantir la qualité, préserver l’image de marque et offrir une expérience client irréprochable dans chaque point de vente. Après l’ouverture en 2024 de notre première boutique parisienne au 312 rue Saint-Honoré, nous avons travaillé à décliner cette identité forte sur nos autres points de vente.

En 2025 et sur les années à venir, BDK Parfums souhaite affiner son identité en boutique, en France comme à l’international. Avec une agence spécialisée, nous avons repensé notre merchandising en mêlant marbre Grand Antique, pierre de Bourgogne et métal brossé ou miroir, pour créer une atmosphère raffinée, à la fois guidée par un héritage et un ADN moderne.

Vous avez choisi de produire 100 % en France. S’agit-il d’un engagement sentimental, stratégique, ou économique ?

Produire 100 % en France, c’est d’abord une question d’héritage. Ma famille a toujours valorisé le savoir-faire français, et c’est une valeur que je souhaite perpétuer avec BDK Parfums. Travailler avec des artisans locaux, entre la Normandie, Bordeaux, le Mans ou Chartres, c’est préserver une tradition, une exigence, une qualité que j’ai connues dès l’enfance dans la boutique familiale. Mais c’est aussi un choix stratégique et responsable : favoriser des circuits courts, garantir la traçabilité, limiter notre impact, tout en créant des liens durables avec nos partenaires.

Votre distribution reste sélective, mais BDK est déjà bien présent à l’international. Comment conjuguez-vous contrôle de l’image de marque et croissance à l’export ? Envisagez‑vous de reproduire le modèle de boutique "immersive" inauguré rue Saint‑Honoré ailleurs dans le monde, ou s’agit‑il d’un flagship unique symbolisant votre identité ?

La distribution est un sujet que j’ai toujours pris très au sérieux. Dès le début, j’ai fait le choix d’un développement sélectif, parce que je voulais que la marque soit représentée dans des lieux qui partagent nos valeurs : exigence, créativité, excellence. Aujourd’hui, nous sommes présents dans plus de 750 points de vente dans 63 pays, ce qui est déjà une belle étape. Mais ce qui compte, ce n’est pas juste d’être partout, c’est d’être bien entourés — par des partenaires comme Harrods à Londres, Harvey Nichols à Doha, ou les Galeries Lafayette Champs-Élysées à Paris, qui comprennent notre univers et savent le mettre en valeur.

L’ouverture de notre boutique en propre au 312 rue Saint-Honoré a marqué un vrai tournant. Je voulais un lieu à nous, qui raconte notre vision du parfum, qui soit à la fois ancré dans l’histoire et résolument contemporain. Ce modèle de boutique immersive, on ne l’a pas pensé comme un flagship figé, mais comme une vitrine vivante de notre identité. Est-ce qu’on le reproduira ailleurs ? Oui, peut-être. Mais toujours avec la même logique de cohérence : si on le fait, ce sera dans une ville qui fait sens pour nous, avec un projet qui respecte notre vision. On ne cherche pas à ouvrir pour ouvrir.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la manière dont une aventure familiale peut devenir une réussite entrepreneuriale à part entière ?

Pour moi, une aventure familiale est avant tout une histoire de transmission, de passion partagée et de valeurs profondément ancrées. Grandir dans une famille liée au parfum m’a donné un amour naturel pour cet art, mais aussi une exigence et une sensibilité uniques. Cette base m’a donné confiance pour me lancer et créer ma propre maison. Cependant, réussir ne se limite pas à l’héritage : il faut aussi avoir le courage de prendre des risques, d’innover, et de rester fidèle à ses convictions, même face à un marché très concurrentiel. Chaque création est le fruit de cet équilibre entre tradition et audace, entre respect des racines et volonté d’écrire notre propre histoire. C’est ce mélange qui, selon moi, transforme une belle histoire familiale en une véritable réussite entrepreneuriale.