Forte de plus de vingt ans d’expérience dans l’univers du luxe, Fabienne Lupo est animée par la conviction qu’un autre mode de consommation est possible. Fondatrice de Reluxury, un salon dédié à l’économie circulaire dans le luxe, elle accompagne également les marques de luxe et les institutions dans la conception d’événements, d’expositions, d’expériences client, mais aussi dans leur transition vers un modèle plus vertueux.
Fabienne Lupo (Reluxury) : "L’horlogerie a toutes les qualités pour incarner un modèle de luxe responsable et circulaire"
Décideurs. Pour quelles raisons avez-vous eu l’envie de créer Reluxury et comment vos expériences passées ont-elles nourri cette aventure ?
Fabienne Lupo. Cette envie s’est imposée comme une évidence à un moment charnière de ma vie professionnelle. Après avoir consacré plus de deux décennies à la présidence de la Fondation de la Haute Horlogerie et du Salon international de la haute horlogerie [devenu Watches and Wonders, ndlr], j’ai eu une vision très claire des défis auxquels ce secteur était confronté : la nécessité de produire mieux, de manière plus responsable et surtout de le faire savoir. Avec Reluxury, je souhaite revaloriser ce que le luxe a de plus beau : sa qualité, sa durabilité, sa capacité à traverser le temps et à se transmettre.
Quelle est votre définition de la consommation responsable, et sur quelles bases ?
C’est une manière d’acheter et de vivre plus consciente, plus respectueuse, plus alignée. Elle commence par une réflexion : ai-je réellement envie de cet objet ? D’où vient-il ? Qui l’a fabriqué ? Dans quelles conditions ? Cet objet est-il réparable ? Pourrais-je le transmettre à mes enfants ? Les bases sont simples mais puissantes, fondées sur la transparence, la qualité, la durabilité, la réparabilité et la transmission. Consommer de manière responsable, c’est transformer la consommation en investissement pour s’inscrire dans une logique de valeur, de respect, d’investissement sur un temps long et de passation.
Dans le secteur du luxe, cette démarche prend tout son sens. Elle nous invite à revenir à l’essence même du luxe, à savoir des objets porteurs d’une âme, d’un savoir-faire, d’une histoire.
"L’horlogerie est l’un des rares secteurs où le produit garde, voire augmente sa valeur avec le temps"
Parmi les différents secteurs du luxe concernés par une quête de consommation plus responsable, l’horlogerie pourrait-elle être considérée comme un fer de lance ?
L’horlogerie a toutes les qualités pour incarner un modèle de luxe responsable et circulaire. J’ai pu constater à quel point ce secteur repose sur des piliers durables entre le patrimoine, l’excellence et la longévité. Une montre de qualité n’est pas conçue pour être remplacée, mais pour durer, se réparer, évoluer et se transmettre. Par nature, une montre mécanique s’inscrit dans une logique à l’opposé du jetable.
Aujourd’hui, les manufactures s’engagent de plus en plus dans des démarches concrètes allant du sourcing à la traçabilité des matériaux, en passant par les certifications, la réparabilité, ou encore, les initiatives autour du vintage...
L’horlogerie peut montrer la voie en matière de consommation responsable dans le luxe. Ce secteur est l’un des rares où le produit garde, voire augmente sa valeur avec le temps, ce qui en fait un symbole idéal pour une nouvelle ère du luxe, plus respectueuse, plus consciente, mais toujours profondément désirable.
Propos recueillis par Hervé Borne