Avec plus de 250 ans d’histoire, Christie’s s’est imposée comme une référence mondiale des maisons de vente aux enchères. De Londres à Hong Kong, de Paris à New York… mais aussi jusqu’à Colmar et Toulon, l’institution étend désormais son influence bien au-delà des grandes métropoles, investissant également les études locales. Entretien avec Camille de Foresta, vice-présidente de Christie’s France, commissaire-priseur et directrice du développement régional.
Christie’s, une présence renforcée au cœur des territoires
Décideurs. Comment se positionne Christie’s en région aujourd’hui ?
Camille de Foresta. Depuis plusieurs années, Christie’s développe des collaborations avec des représentants territoriaux en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Pays de la Loire et Normandie, et plus récemment dans la région Grand Est. La maison de vente tisse des liens privilégiés avec certaines études locales, à travers des journées d’expertise et l’organisation d’événements conjoints. Depuis 2020, elle travaille en association avec l’hôtel des ventes toulousain Marambat-de Malafosse et s’est récemment rapprochée de trois nouvelles études : l’hôtel des ventes de Montpellier, Médicis Enchères à Lyon, ainsi que Pichon & Noudel-Deniau à Cannes et Toulon.
Qu’est-ce qui a motivé Christie’s à renforcer sa présence régionale ?
Fondée à l’origine en Angleterre, Christie’s organise des ventes depuis 25 ans en France. Aujourd’hui, en tant que professionnels du marché de l’art, nous recherchons plus que jamais des pièces inédites : des œuvres dont les propriétaires ignorent la véritable valeur ou des objets qui, portés par de nouvelles tendances, ont vu leur cote s’envoler. Certains objets d’Amérique du Sud, de Chine ou de Russie suscitent un vif intérêt auprès des collectionneurs spécialisés.
Il fut un temps où la France attirait des artistes du monde entier. Leurs œuvres se retrouvent parfois dans les endroits les plus inattendus du pays. Nous avons donc noué des collaborations avec des études locales pour dénicher ces trésors qui continuent d’émerveiller chaque année. De leur côté, les études peuvent se tourner vers nous pour mieux vendre à l’international.
Quels sont les avantages à faire appel à une étude de commissaires-priseurs ?
La France reste un grenier extraordinaire pour les objets d’art, c’est un pays de collectionneurs. Beaucoup n’ont pas idée de la valeur des œuvres qui se trouvent chez eux. Lorsqu’un tableau est présent depuis des générations dans un intérieur, il est difficile d’avoir le recul nécessaire pour l’estimer. Aujourd’hui, certains tableaux anciens, bijoux, œuvres d’Asie, livres et manuscrits réalisent des prix remarquables aux enchères. C’est pourquoi Christie’s, en collaboration avec des études régionales, organise des journées d’expertises gratuites et confidentielles, avec ou sans rendez-vous. Les particuliers peuvent y faire examiner leurs œuvres par des experts et commissaires-priseurs. Cet échange ne mène pas forcément à une vente, mais il peut être utile pour une estimation en vue d’une assurance ou d’un inventaire.
Avez-vous un exemple d’œuvre redécouverte en région et vendue à l’international ?
Il y a deux ans, un chef-d’œuvre du peintre espagnol José de Ribera, Saint Jérôme (1648), a été découvert dans la région de Toulouse grâce à l’étude Marambat-de Malafosse. Son état de conservation exceptionnel et sa rareté lui ont permis d’atteindre plus de 2 millions d’euros aux enchères, une somme qui n’aurait pas été envisageable sans l’accès privilégié de Christie’s à un réseau international de collectionneurs. Notre collaboration avec les études régionales est entièrement tournée vers la valorisation des œuvres. Grâce à notre expertise, nous identifions les marchés les plus porteurs pour chaque pièce et garantissons un accès aux acheteurs les plus qualifiés. Aujourd’hui, notre maillage territorial nous permet d’être au plus près des collectionneurs et passionnés d’art, en leur offrant une expertise de référence et une visibilité mondiale.
Propos recueillis par Sibylle Aoudjhane