Romans, BD, politique, voici quatre ouvrages qui ont retenu la sélection de la rédaction.
Livres : découvrez notre sélection de mars
Au-delà des apparences
Gaëlle, une jeune femme un peu perdue, découvre que sa grand-mère, Yan, à qui elle tient tant a fait un AVC. Elle gagne la Bretagne pour aller à son chevet. À l’hôpital, l’esprit de la vieille dame vagabonde. Celle-ci partage ses souvenirs, parfois bien étranges et se met à évoquer un signe attendu depuis plus de cinquante ans qui lui serait apparu juste avant son souci de santé.
Divague-t-elle ? Yan a-t-elle réellement vu quelque chose ? Cette manifestation en dirait-elle beaucoup sur le passé de la grand-mère ? Difficile pour les jeunes gens de s’imaginer les vies intérieures de leurs aïeux, les combats qu’ils ont menés, les secrets qu’ils ont gardés pour eux. Pourtant, c’est bien au moment de la mort que l’on peut regretter de ne pas les connaître et craindre qu’ils s’éteignent avec l’être cher.
La plus jolie fin du monde, de Solène Bakowski, Éditions Récamier, 320 pages, 21,90 euros
Une nuit italienne
Le 28 avril 1945, Benito Mussolini est exécuté à Mezzegra, petit village paradisiaque sur les rives du lac de Côme. Sa dépouille sera ramenée à Milan, suspendue à un croc de boucher et profanée. Dans cet ouvrage oscillant entre BD et roman graphique, les auteurs reviennent sur les derniers jours, puis la dernière nuit du dictateur. Sachant sa fin arriver, il se remémore son enfance, ses débuts militants, sa prise de pouvoir, ses premiers succès, puis sa chute.
L’intérêt principal de cette centaine de pages ? Elle permet aux Français de comprendre pourquoi l’Italie n’a jamais été vraiment "démussolinisée". Si aujourd’hui certains partis politiques, désormais au pouvoir, ne prennent pas leurs distances avec le passé fasciste, c’est pour des raisons économiques, historiques et émotionnelles qui sont très bien décrites dans ces pages.
La dernière nuit de Mussolini, de Jean-Charles Chapuzet et Christophe Girard, Glénat, 125 pages, 21,50 euros
Les mots après les photos
C’est devenu un sous-genre littéraire à part entière. Plusieurs fois par an, les journalistes parisiens s’éloignent du périphérique, les sociologues quittent leurs universités pour partir à la découverte de cette fameuse France qui vote RN. Les ouvrages, prétendument neutres, suintent la moraline et le parti pris au point de donner l’impression que les auteurs découvrent l’eau chaude ou visitent un zoo.
Finalement, le meilleur livre sur le sujet vient d’un photographe : Vincent Jarrousseau. Voici des années qu’il arpente la France, s’installe dans des villes frontistes, dialogue, s’intègre, immortalise les petits et grands moments de la vie quotidienne. Pour la première fois, il met des mots sur les images. De Crépol à Denain en passant par Hayange ou Paris, le lecteur est happé dans une France où le vote RN est logique, cohérent et assumé. Et où les solutions mises en place "de Paris" pour le contrer sont inopérantes
Dans les âmes et les urnes, dix ans à la rencontre de la France qui vote RN, de Vincent Jarousseau, Les Arènes, 246 pages, 21 euros
La guerre de Troie a toujours lieu
En funambule de la langue, Pierre Michon inscrit J’écris l’Iliade dans la lignée des œuvres à la poursuite des grands textes fondateurs. Infusés d’une sensualité brûlante, quatorze chapitres flottent au gré d’une mémoire où se mêlent l’enfance creusoise, l’éblouissement des îles grecques et l’écho des locomotives d’antan. L’Iliade devient le miroir d’un désir d’écriture où Hélène et Achille croisent des silhouettes d’hier et d’aujourd’hui, où Homère lui-même vacille.
Tout y est vertige, oscillant entre l’hommage et la transgression, dans une prose qui épouse le souffle des anciens tout en s’abandonnant aux errances du rêveur. Loin de vouloir figer cette épopée qui ne cesse jamais de s’écrire, Michon tente de la faire palpiter, vaciller, se perdre et renaître, vivre.
J’écris l’Iliade, de Pierre Michon, Gallimard, 272 pages, 21 euros
Olivia Vignaud, Cem Algul, Lucas Jakubowicz



