L’usage de la data et des outils numériques au service du conseil et de l’accompagnement des clients sous-entend une transformation technique mais aussi humaine. Le point sur ces enjeux avec Amaury Soury-Lavergne, Chief Operating Officer, et Anthony Watine, cofondateur du multi-family office Keepers.

Décideurs. Comment utilisez-vous les données dans votre activité ?

Anthony Watine. Le numérique et la data sont au cœur de notre parcours d’accompagnement qui comprend seize dimensions dont plusieurs sont liées à l’allocation financière du patrimoine. À chaque étape, un outil informatique est associé. L’objectif se résume en trois mots : décider, anticiper et surveiller. Le numérique est avant tout un outil d’aide à la décision. Ensuite, l’anticipation des flux et des échéances est un point central en gestion de patrimoine. Enfin, la surveillance qui ne se limite pas à la notion de reporting. Nos équipes s’appuient sur la data pour bien orienter les portefeuilles et conseiller les clients.

"L’objectif se résume en trois mots : décider, anticiper et surveiller"

Amaury Soury-Lavergne. Nous avons ce qu’on appelle une approche « data-driven », les données n’ayant aucune valeur intrinsèque. L’outil n’est jamais une fin en soi. La seule valeur qui compte est celle induite par l’usage et l’accompagnement de la prise de décision. Au cœur de chacun de nos outils, nous nous demandons « pour qui ? » et « pour quoi ?». La data apporte des clés de lecture et des leviers, et n’a de sens qu’en lien avec le conseil humain.

En quoi la data a-t-elle modifié vos processus et votre productivité ?

A. W. La data permet de voir plus de choses et plus vite, notamment lors des audits patrimoniaux, et de mettre le doigt sur les sujets importants, par exemple des anomalies au niveau des impôts ou des frais financiers. Elle agit donc sur la qualité du conseil.

A. S.-L. Le gain de productivité est évident, que ce soit pour des traitements de masse ou des focus spécifiques sur des dossiers, le tout avec des rendus exploitables rapidement. Nous sommes par ailleurs exigeants dans la captation de la data, avec un maillage très fin, transaction par transaction. La finalité est non seulement d’obtenir une vision agrégée et simplifiée, mais surtout d’avoir la possibilité de contextualiser et de dérouler toute la chaîne afin d’identifier la cause racine d’un éventuel point d'attention. Cela implique de modifier en profondeur notre culture, nos gestes métier et nos processus. Notre architecture permet également de fournir aux autres conseils des familles les données nécessaires et les éléments de contexte pour faire leur travail, qu’ils soient notaires, avocats ou experts-comptables.

A. W. Nous jouons effectivement la carte de l’interprofessionnalité. Prenons l’exemple d’un notaire qui conseillerait une donation à des clients communs. Le reporting Keepers permet de voir s’il y a des liquidités disponibles pour la rendre possible. Dans la plupart des cas, le notaire n’a pas la vision de ces éléments. Sur un suivi de pacte Dutreil, qui présente des critères temporels stricts pour qu’il reste valide, le notaire s’appuiera sur la data Keepers et notre vision continue du patrimoine pour s’assurer que sa stratégie à l’instant T reste viable dans la durée.

Quelles technologies utilisez-vous pour collecter et analyser les données ?

A. W. Tout d’abord, précisons que tous nos outils numériques et notre cœur d’infrastructure data sont propriétaires. La qualité du reporting et la précision des données sont primordiales et le point de préoccupation de tous.

A. S.-L. Nous devons être en capacité d’assimiler la data, la stocker, la consolider et la restituer. Nous avons donc mis en place une infrastructure spécifique, munie d’un module d’intégration capable de digérer toutes les sources de données, les centraliser et les mettre en cohérence avec un référentiel commun. Nous avons en parallèle amélioré la restitution et la visualisation de la data grâce à des modules interactifs. Il s’agit là d’une refonte de process, de traitement, de vérification et d’utilisation des données. Notre but est de construire un modèle suffisamment évolutif pour intégrer de nouvelles sources de données, en particulier extra-financières, et de compléter les dimensions d’analyse.

Qu’en est-il de l’intelligence artificielle ?

A. S.-L. Nous avons une approche pragmatique de l’IA, pour laquelle nous avons mis en place un comité interne dont la mission est d’identifier les cas d’usage et les problématiques afin d’aller chercher les outils adéquats. Nous restons cependant vigilants quant à son usage. La plupart des outils IA ne permettent pas aujourd’hui de garantir la protection et la confidentialité des données.

Quelles sont les principales problématiques auxquelles vous êtes confrontés dans l'utilisation des données ?

A. W. Un des points de vigilance est le bon vouloir, ou la capacité technique, des partenaires de nous donner accès aux données de leurs clients, qui ne sont pas les leurs. Des réglementations les y contraignent normalement. Nous en faisons d’ailleurs un critère de sélection puisque, au-delà de la posture, avoir une infrastructure technique en phase avec nos exigences nous semble impératif.

A. S.-L. Il y a en effet un enjeu en amont avec les partenaires, notamment les banques et les sociétés de gestion, dans la mesure où ils sont les détenteurs des données récoltées. Dans la plupart des cas néanmoins, nous arrivons à les obtenir. Ce qui change est la temporalité de la transmission et la fraîcheur des éléments. Il nous arrive de recevoir des fichiers vieux de dix jours. Nous avons un enjeu de réactivité, car il ne s’agit pas uniquement d’être en possession des données mais de les traiter et de les analyser.

D’autre part, il subsiste une question de modèle de données car un des grands écueils est de comparer des choux et des carottes. C’est la raison pour laquelle nous retraitons tout le flux de données à l’opération-près afin de réaliser des calculs sur une base saine, et garantir ainsi l’homogénéité et la comparabilité des résultats.

"Conseiller le client avec une approche data s’apprend"

Nous pouvons également citer le défi technique. Nous devons faire évoluer nos compétences de mise en place et de maintenance des outils, avec une cohérence globale et une gouvernance de la data pour chapeauter le tout.

En outre, l’acculturation des équipes à ces nouveaux usages ne coule pas de source. Conseiller le client avec une approche data s’apprend. Enfin, le coût de ces projets n’est pas négligeable. Leur finalité doit être claire, pour s’assurer d’investir efficacement.

A. W. Il nous faut a minima amortir ces investissements. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous permettre de ne facturer que les heures passées avec un client. La data permet au family officer de passer moins de temps en rendez-vous mais pour une qualité de conseil augmentée. Un des enjeux est donc d’être capable de valoriser cet usage dans les honoraires de conseil.

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