La journaliste d’investigation revient sur le développement exponentiel de l’antisémitisme depuis le 7 octobre. Preuves à l’appui, elle montre à quel point une partie de l’extrême gauche attise les braises. En refermant ce livre à la rigueur implacable, "vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas", pour paraphraser l’auteure.
Nora Bussigny, les mains dans la fange
C’est le livre qui fait parler ! Une partie de la gauche est accusée d’être complaisante, voire complice, avec l’antisémitisme. Globalement, la ligne de défense des concernés est la suivante : négation, indignation dans un premier temps. Puis dénigrement, ostracisation et cyberharcèlement de la personne qui a l’outrecuidance de s’en prendre à eux. Le condamné pour "malpensance" sera inévitablement accusé d’être raciste, islamophobe, fasciste, d’extrême droite, génocidaire…
Depuis la sortie de son ouvrage, la journaliste d’investigation Nora Bussigny expérimente le mécanisme. Un traitement "spécial" lui est réservé, preuve de la peur suscitée par son travail. Il faut dire que, pendant des mois, l’auteure a arpenté le terrain pour recueillir des preuves et des témoignages qui font froid dans le dos.
Nora Bussigny a enquêté dans les universités, certaines associations LGBT ou féministes, participé à des manifestations organisées par l’extrême gauche, suivi des influenceurs à forte notoriété, infiltré des séances de rédaction d’articles Wikipédia, interrogé les victimes. Le verdict est documenté preuves à l’appui : une partie de la gauche a clairement fait de l’antisémitisme un fonds de commerce, un moyen de gagner de la visibilité, d’unir les contraires, notamment lors de marches mêlant islamistes et militants transgenres. On pourrait de prime abord rire de certains épisodes si burlesques qu’ils semblent tout droit sortis d’un épisode de South Park.
Mais ce nouvel antisémitisme a des conséquences très graves pour les individus portant le "mauvais nom" qui se retrouvent harcelés à l’université ou dans certaines associations. Les péripéties récentes qui touchent la Sorbonne en sont la preuve tangible : sur des groupes WhatsApp, des étudiants aux noms jugés "sionistes" sont bannis d’office, des sondages "les juifs pour ou contre" circulent.
Le plus frappant n’est pas uniquement la montée en puissance de la haine. C’est le silence gêné, voire la complicité implicite de ceux qui auraient pu arrêter l’engrenage infernal, mais qui, par peur, facilité ou fascination, ont fermé les yeux
Un chapitre portant sur l’eurodéputée LFI Rima Hassan est particulièrement édifiant. Il s’avérerait que celle qui est l’icône de la gauche antisémite a entamé un revirement idéologique spectaculaire. Pendant des années, elle aurait vécu une histoire amoureuse avec un homme de confession juive, appris les rites, suivi des leçons d’hébreu. Avant de peu à peu se radicaliser à mesure que la relation se dégradait.
Dans le travail de Nora Bussigny, le plus frappant n’est pas uniquement la montée en puissance de la haine. Ce qui fait trembler, c’est le silence gêné, voire la complicité implicite de ceux qui auraient pu arrêter l’engrenage infernal, mais qui, par peur, facilité ou fascination, ont fermé les yeux. Universitaires, leaders politiques ou médias ont une large part de responsabilité dans cette montée en puissance d’un antisémitisme qui rappelle une époque que l’on pensait oubliée.
Le public au fait de ce sujet n’apprendra pas forcément grand-chose. Pour les autres, il est de salut public de le lire. Comme le clame l’auteur en conclusion : "Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas".
Lucas Jakubowicz
Les Nouveaux Antisémites, de Nora Bussigny, Albin Michel, 256 pages, 20,90 euros
Crédit photo : Samuel Kirszenbaum pour Albin Michel
