En France, la réussite économique est perçue avec méfiance. Le pays se distingue par une attitude étrange envers ceux qui créent de la valeur, de l’emploi et de l’innovation. Là où d’autres nations voient dans l’entrepreneur un moteur collectif, la France le décrit volontiers en profiteur estime dans cette chronique Lydia Guirous, directrice de Nexio Consultants et ancienne préfète.
Chronique. Non, les créateurs de richesse ne sont pas des suspects !
L'état d’esprit qu'une partie des élites et des citoyens nourrit à l'égard des entrepreneurs puise ses racines dans une culture de lutte des classes et un égalitarisme forcené. L’ambition est jugée arrogante, le succès suspect, la richesse immorale. Résultat : plutôt que de tirer tout le monde vers le haut, notre société préfère rêver d’un appauvrissement partagé. Une vision nourrie par la jalousie et le ressentiment.
Ce biais culturel se traduit sur le terrain politique. Impôts punitifs, charges dissuasives, fiscalité instable reviennent en boucle dans le débat et sont souvent présentés comme des solutions révolutionnaires pour relever le pays. Or, ce système de pensée issu d’un autre monde, donne le signal que créer, investir et réussir ne doit plus se faire en France. François Hollande l’avait résumé brutalement lors de sa campagne victorieuse de 2012 : "Mon adversaire, c’est la finance". Quelques années plus tard, Manuel Valls puis Emmanuel Macron se voyaient contraints de multiplier les déclarations "pro-business" pour rassurer les investisseurs internationaux.
Mais le simple fait qu’il faille rassurer dit tout : dans un pays normal, valoriser l’entreprise et la richesse irait de soi. Preuve récente, lors de la REF 2025, le coordinateur national de LFI Manuel Bompard a estimé que le but de son intervention était d'être "félicité par la majorité silencieuse", quitte à être conspué par le patronat. Comme si la défense des classes populaires ne passait que par la guerre déclarée aux créateurs d'emplois vus comme des spoliateurs.
La dynamique entrepreneuriale existe
Malgré les vents contraires, la dynamique entrepreneuriale existe : plus d’un million de nouvelles entreprises ont vu le jour en 2024, avec des milliers d’emplois à la clé. Rien qu’en 2022, 52 000 postes ont été créés par des entreprises employant au moins un salarié dès leur démarrage. Le réseau Initiative France a financé 20 000 projets en 2024, générant 57 000 emplois créés ou maintenus. Ce sont ces femmes et ces hommes que nous devrions célébrer.
Au lieu de cela, la fiscalité cible en priorité la réussite. Les 0,1 % de foyers les plus riches, environ 74 500 ménages, déclarent en moyenne 1 million d’euros de revenus annuels et supportent un taux effectif d’imposition d’environ 46 %. Peu importe que leur richesse provienne de l'héritage ou du labeur. Le budget 2025 a encore prévu une "contribution exceptionnelle" pour les grandes entreprises de plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, censée rapporter 8 milliards d’euros. En clair : on taxe pour punir. On refuse d’encourager le risque et l’audace.
"Les créateurs de richesse ne sont pas des suspects. Ils sont des atouts stratégiques, inventent, emploient, financent l’avenir. Continuer à les stigmatiser, c’est choisir le déclin"
Conséquence, la France alimente sa propre image de pays en déclin. Les talents s’exilent, les investisseurs hésitent. Et pendant que nous pénalisons nos créateurs de richesse, la compétition mondiale s’intensifie. L’Allemagne célèbre son Mittelstand, les États-Unis érigent leurs entrepreneurs en égérie de l’American dream. La France, elle, persiste à juger.
Il est temps de briser ce cercle vicieux. Les créateurs de richesse ne sont pas des suspects. Ils sont des atouts stratégiques. Ils inventent, ils emploient, ils financent l’avenir. Continuer à les stigmatiser, c’est choisir le déclin.
La France a besoin d’un récit nouveau. Un récit qui valorise l’ambition et assume que le succès individuel peut être une victoire collective. Ce n’est pas en punissant les gagnants que l’on créera de la prospérité partagée. C’est en célébrant celles et ceux qui prennent le risque d’entreprendre, et qui, par leur réussite, donnent à d’autres les moyens de réussir à leur tour.
Si la France veut redevenir compétitive dans une économie mondialisée, elle doit accompagner les ambitions, cesser de voir dans la richesse un problème et comprendre qu’elle est la solution.
Lydia Guirous
Ancienne préfète, directrice de Nexio Consultants