Ce n’est pas de la science-fiction : pour la première fois dans l’Histoire, une IA occupe une fonction ministérielle. Et c’est l’Albanie qui est à l’origine de cette grande première qui laisse planer de nombreuses questions.

Il est rare que l’Albanie, petit pays des Balkans peuplé de 2,8 millions d’habitants, fasse la une des médias. C’est pourtant le cas depuis l’annonce d’une première mondiale qui défraie la chronique : une IA vient d’être nommée au poste de ministre en charge des marchés publics.

L’expérience Diella

Nommée Diella (soleil en Albanais), l’IA est active depuis début 2024. Pour l’instant, elle aide les Albanais dans leurs démarches administratives, notamment liées à l’état civil. Elle a permis de délivrer près de 37 000 documents.

Désormais, les prérogatives de l’IA sont élargies. Sa nouvelle mission ? Sélectionner les appels d’offres de manière rigoureuse, sans se laisser amadouer par des pots-de-vin. Une véritable rupture dans un pays à la corruption endémique. « Chaque denier public sera parfaitement transparent », se félicite le Premier ministre socialiste Edi Rama.

Lutte contre la corruption

Par cette initiative, l’Albanie souhaite donner des gages de modernité en marquant sa volonté de probité, une condition essentielle pour rejoindre l’Union européenne. Le gouvernement espère marcher dans les traces de l’Estonie, ancienne République socialiste corrompue devenue figure de proue de la govtech et membre de l’UE envié pour sa gestion rigoureuse des deniers publics.

L’Albanie part de très loin, le pays étant depuis de longues années en proie à une corruption endémique qui n’épargne pas le parti d’Edi Rama. En février dernier, Erion Veliaj, maire de la capitale Tirana et dauphin de l'actuel Premier ministre, était accusé d'avoir détourné plus d'un million d'euros d'argent public. Son arrestation avait eu lieu sous les applaudissements de milliers de citoyens brandissant des photos d'un immeuble construit sur un terrain appartenant à sa femme.

Vraiment efficace ?

Malgré les grands discours et la promesse d’une gestion rigoureuse, plusieurs points posent question. Le gouvernement lui-même conçoit l’algorithme de sélection sans rendre publics les critères. Techniquement, rien n’empêche une entreprise de verser des dessous de table aux personnes connaissant le fonctionnement de l’application. Si le régime contrôle lui-même Diella, ne peut-il pas inclure dans les prompts des conditions favorables à un candidat choisi en amont par des humains ?

Certes, Diella pourra évaluer, trier, classer selon des critères transparents, mais qui peuvent être prédéfinis afin de désigner un candidat déterminé. Pour le moment, il n’est pas prévu de rendre publiques les candidatures rejetées.

Lucas Jakubowicz