À la tête de la CPME qui compte 350 000 entreprises employant 5,5 millions de salariés, Amir Reza-Tofighi est aux premières loges pour observer le moral des entrepreneurs et leur attitude face au contexte économique morose.
Amir Reza-Tofighi (CPME) : "L’économie est avant tout une question de confiance"
Décideurs Magazine. Quel est l’effet de l’incertitude nationale et internationale sur le moral de vos adhérents ?
Amir Reza-Tofighi. Il suffit de regarder les informations et de discuter avec des proches pour réaliser que le climat est anxiogène. Cette atmosphère déteint sur les chefs d’entreprise qui parlent moins de conquête, de croissance. Ils sont sur la défensive, voire tétanisés, évoquent le manque de visibilité douanière et fiscale.
L’économie est avant tout une question de confiance et, lorsqu’elle est absente, les investissements baissent, les recrutements sont gelés. Le paradoxe, c’est que plus un entrepreneur fait part de ses doutes, plus il sape la confiance et peut pénaliser son activité. Mais s’il reste passif, les choses ne vont pas mieux pour autant…
Remarquez-vous un impact sur l’activité ?
Oui, il suffit de se rendre sur le terrain pour le constater. Pour le moment, cela ne se répercute pas encore sur les grands indicateurs macroéconomiques. Ce qui est normal puisqu’il y a toujours un décalage par rapport au réel.
Selon vous, les TPE et les PME sont plus vulnérables que les grands groupes. Pourquoi ?
Les multinationales ont souvent une activité diversifiée et sont présentes dans le monde entier. Si un marché ou une région connaissent des difficultés passagères, il existe souvent des filiales ou des zones géographiques en croissance. Elles ont donc les reins plus solides. Les TPE et PME sont plus spécialisées, plus dépendantes d’un pays donné, ce qui les rend plus vulnérables à la conjoncture. Cela peut s’avérer dangereux pour l’économie, puisqu’elles sont les premiers employeurs de France.
Quelles seraient les principales mesures d’urgence que vous formuleriez aux responsables politiques ?
Nous demandons moins de normes pour ne pas être pénalisés face à la concurrence. La loi sur la simplification qui sera examinée en commission mixte paritaire en septembre devrait apporter un peu plus de souplesse, même si cela fait deux ans qu’elle doit entrer en vigueur. La compétitivité passe aussi par ne pas augmenter les prélèvements obligatoires, diminuer le coût du travail. Si l’on veut favoriser l’économie, la création de richesse et d’emploi, il faut diminuer les entraves. Il me semble que le gouvernement actuel a bien compris les enjeux, mais sa marge de manœuvre est limitée.
"Face à une difficulté, un dirigeant d'entreprise peut devenir taiseux, se renfermer sur lui-même, ce qui est dangereux"
Quelles bonnes pratiques les dirigeants peuvent appliquer pour faire face ?
Face à une difficulté, un dirigeant d’entreprise peut devenir taiseux, se renfermer sur lui-même, ce qui est dangereux. Je conseille de ne pas rester seul, d’échanger un maximum avec ses pairs de façon informelle ou dans des lieux plus structurés, comme des clubs ou des fédérations. Il faut également adopter une posture pondérée, ne pas surjouer l’optimisme et l’insouciance sans céder au catastrophisme. C’est lorsqu’ils croient en l’avenir que les entrepreneurs parviennent à renverser des montagnes.
Propos recueillis par Lucas Jakubowicz