Plusieurs études montrent que les Français se fient de plus en plus à la sorcellerie, la divination ou encore l’astrologie. Selon plusieurs experts ces évolutions sont multifactorielles. Cela pourrait avoir des conséquences en matière d’innovation et d’économie.
Les Français sont de plus en plus superstitieux. Pourquoi ?
Chaque année, entre un et trois vendredis tombent le 13 du mois. Pour certains, ce jour peut être annonciateur soit de bonheur soit de malheur. Mais quelle est la proportion de superstitieux en France ? Quel est leur portrait-robot ?
Les jeunes femmes sont les plus superstitieuses
À l’occasion du vendredi 13 juin 2025, l’institut CSA et la FDJ ont publié une étude sur le sujet. Verdict : 41 % des Français se déclarent superstitieux. Un clivage net s’observe sur le plan du genre, puisque, si 46 % des femmes admettent être superstitieuses, ce n’est le cas que de 34 % des hommes.
Mais c’est surtout quant à l’âge que le fossé s’opère : 57 % chez les moins de 35 ans contre 31 % du côté des personnes âgées de plus de 50 ans.
Sorcellerie, envoûtement, astrologie, boule de cristal…
En 2022, l’Ifop avait également mis en ligne une étude sur le sujet en reprenant des questions posées en 2000. L’évolution est notable ! Ainsi, 32 % des Français croient à la sorcellerie et à l’envoûtement (17 % en 2000), 32 % aux voyants (18 % en 2000), 44 % à l’astrologie (29 % en 2000).
17% des Français croyaient à la sorcellerie en 2000, ils sont désormais 32%
Comme leurs collègues du CSA, les sondeurs de l’Ifop mettent en avant la corrélation selon laquelle plus on est jeune, plus on a tendance à croire dans le paranormal. Par exemple, si seuls 20 % des plus de 50 ans croient en la sorcellerie et l’envoûtement, la proportion s’élève à 40 % chez les moins de 35 ans et à plus de 50 % chez les jeunes femmes. Reste à savoir comment s’explique cette évolution notable.
Pourquoi cette évolution ?
Dans le best-seller La France sous nos yeux, Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely prennent acte de cette tendance et expliquent que "le vide spirituel et idéologique laissé par l’effondrement des matrices catholiques, révolutionnaires et communistes, vide que certains tentent de combler en allant puiser des références spirituelles et idéologiques parfois éloignées de nos traditions".
La pop culture joue également un rôle dans cette tendance. Des phénomènes comme Harry Potter, le Seigneur des anneaux, l’heroic fantasy, les romans et les séries fantastiques ont « travaillé au corps » une partie de la population devenue de plus en plus sensible à la superstition. À cela s’ajoutent la publication d’ouvrages plus universitaires et la prise de parole de certains responsables publics qui ancrent ces thématiques dans la société. Citons notamment l’ouvrage Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet ou les propos de la députée écologiste Sandrine Rousseau qui, en 2021, déclarait préférer "les sorcières" aux "ingénieurs". Si Mona Chollet et Sandrine Rousseau se situent à gauche, il n’existe pas forcément de clivage politique. Un électeur de Marine Le Pen et un admirateur de Jean-Luc Mélenchon peuvent être sur la même longueur d’onde.
Un discours anticartésien répandu dans la société peut avoir des conséquences sur l’innovation, le progrès et la croissance
De manière plus contestable, Jérôme Fourquet note (en s’appuyant sur des travaux universitaires) un "niveau de croyance dans l’envoûtement très répandu chez une partie de la population issue de l’immigration". Cette population étant en hausse, cela peut avoir un impact sur la moyenne globale.
Enfin, notons les piètres performances de la France dans les manières scientifiques qu’illustrent notamment nos résultats aux tests Pisa. Une population moins scientifique et cartésienne est susceptible d’être plus ouverte aux théories conspirationnistes mais aussi à la superstition. Notons que les femmes sont moins scientifiques que les hommes, ce qui peut expliquer l’écart de genre. Écart qu’une politique visant à promouvoir les femmes dans le monde des sciences pourrait effacer.
Sur le plan économique, la situation peut s’avérer préoccupante à moyen terme. Un discours anticartésien répandu dans la société peut avoir des conséquences sur l’innovation, le progrès et la croissance.
Lucas Jakubowicz