Préoccupé par sa réélection et adepte du "pas de vagues", le maire de la ville aurait paniqué en apprenant la présence d’un drapeau israélien dans le cadre d’une cérémonie officielle. Face au tollé, il a sacrifié son dircab, peu apprécié en interne. Retour sur un fiasco qui laissera des traces. À noter également, le silence de l’UDI.

Tout a commencé le samedi 12 avril. Le Point publie un article intitulé "Quand honorer les Justes devient compliqué en France". L’information est explosive : la mairie UDI de Vendôme renonce à organiser une cérémonie en l’honneur de Justes et rassemblant des juifs de plus de 90 ans cachés par de courageux habitants de cette paisible bourgade du Loir-et-Cher.

Les raisons officielles : "La proximité des élections locales - prévues au printemps 2026 ndlr -, qui risque de limiter la pleine mobilisation de la municipalité et de la population locale autour de cet événement majeur… Le contexte géopolitique actuel, marqué par le conflit opposant l'État d'Israël et le Hamas, qui suscite des sensibilités particulières au sein de nos différentes communautés." Selon l’article, la mairie était d’accord pour organiser la cérémonie le 18 mars avant de se rétracter quelques jours plus tard. Une première en France ! Que s’est-il vraiment passé ?

Un dircab incompétent et un maire dupé ?

Le récit officiel de la mairie explique que le coupable est Jean-Philippe Boutaric, directeur de cabinet, qui aurait agi dans le dos du maire Laurent Brillard. Selon plusieurs personnes connaissant bien les arcanes de la municipalité, c’est tout à fait plausible. Jean-Philippe Boutaric ne semble guère en odeur de sainteté : "Le dircab est nul", "il est en dessous de tout", "ce n’est pas la première fois qu’il met le maire en difficulté". Un bouc émissaire idéal en somme…

Pourtant, Le Point indique que le maire était bel et bien au courant de tout, voire à l’initiative de la manœuvre. Contacté par l’hebdomadaire le 8 avril, il paraît au fait du dossier puisqu’il "souligne d’abord les risques d’amalgame entre le conflit actuel entre le Hamas et Israël et la cérémonie de remise des médailles". Le journaliste explique que le premier édile fait "allusion à la présence d’un drapeau israélien qui voisine avec le drapeau français dans ces cérémonies, une tradition puisque la médaille des Justes est la plus haute récompense civile de l’État d’Israël". Pour éviter d’entraver sa réélection, le maire aurait donc sacrifié un collaborateur peu apprécié en interne…

Pour éviter d'entraver sa réélection, le maire aurait donc sacrifié un collaborateur peu apprécié en interne. Pourtant, Le Point indique que le maire était au courant de tout, voire à l'initiative de la manœuvre

Laurent Brillard : "Monsieur pas de vagues"

La chose revient à plusieurs reprises dans la bouche des interlocuteurs. Depuis plusieurs mois, le maire ne pense qu’aux municipales de 2026. "Il est fébrile, craint un retour de Pascal Brindeau son prédécesseur, lui aussi UDI." Devenu député, battu aux législatives de 2022 par un candidat du bloc central, il rêve de reprendre sa ville natale.

Côté pile, le maire est décrit comme "un homme gentil", "ancré localement", "bosseur et présent sur le terrain", "soucieux de l’image de Vendôme". Côté face, il est qualifié d’élu "qui ne veut pas créer de problème", "de peu sûr de lui", "d’incapable de faire des choix forts, cherchant à toujours ménager la chèvre et le chou". Ce qui l’amène parfois à des décisions étranges comme refuser d’accueillir la cérémonie dans une salle communale, pousser pour que cela se fasse à la sous-préfecture, tout en insistant pour que la ville de Vendôme paie le vin d’honneur…

"Il est obsédé par le fait de ne pas commettre une bourde qui lui ferait perdre des voix", estime un proche de la mairie qui estime qu’"il a paniqué quand il a vu quelques tags Fuck Israël dans la ville et qu’il a appris qu’un drapeau de l’État hébreu serait présent lors de la cérémonie. Il a voulu refiler la patate chaude à la préfecture". Le député de la circonscription, Christophe Marion, pense qu’il a "été dépassé mais qu’en aucun cas, c’est un clientéliste ou un communautariste". Il se déclare toutefois "en colère alors que le gouvernement fait tout son possible pour ne pas importer un conflit étranger en France".

"Le maire a paniqué quand il a vu quelques tags "Fuck Israel" et qu'il a appris qu'un drapeau de l'Etat hébreu serait présent lors de la cérémonie. Il a voulu refiler la patate chaude à la préfecture". Tout en payant le vin d'honneur...

Dans sa quête du "pas de vagues", Laurent Brillard aurait également eu peur de froisser la communauté turque de sa ville. Cette dernière désavouera le premier édile dans un communiqué publié par La République du Centre, expliquant que ses représentants n’ont pas été consultés et n’ont rien à redire sur la cérémonie. Certaines sources le présentent comme "meurtri", "ravagé par l’image qu’il renvoie de sa ville" mais aussi "incapable d’assumer son erreur" et, plus bassement, "effrayé d’avoir remis Pascal Brindeau en selle".

Laurent Brillard est "effrayé d'avoir remis son rival Pascal Brindeau en selle"

Communication de crise calamiteuse

Laurent Brillard a-t-il choisi lui-même de ne pas accueillir la cérémonie à Vendôme au nom des raisons évoquées par Le Point ? A-t-il été victime d’une bourde de son directeur de cabinet ? À ce stade, impossible de répondre précisément à la question. Seule certitude, sa communication de crise est calamiteuse.

Le lundi 14 avril la polémique commence à enfler, la presse nationale et la télévision s’emparent du sujet. Alba Ventura y consacre notamment son édito dans la matinale de TF1. Contacté par La Nouvelle République, le maire brille par sa désinvolture en avançant une "simple erreur de com" et assurant "ne pas vouloir perdre de temps en demandant au Point un rectificatif". Ce qui revient, au passage, à donner raison au journaliste du Point. La ligne est claire : circulez, y’a rien à voir !

"Ca va laisser des traces, c'est certain. Il y aura un avant et un après"

Pourtant, la polémique grandit encore. Acculé, le maire est contraint de communiquer une nouvelle fois. Le comité français pour Yad Vashem vient au secours du maire et pointe "des échanges regrettables de la part des services communaux".

Il faudra attendre quatre jours pour que la mairie et son premier édile s’excusent publiquement "auprès de toutes celles et ceux qui se sont sentis blessés, au premier rang desquels les Justes parmi les nations". Il annonce également le licenciement de son directeur de cabinet. Restera-t-il candidat pour les municipales qui lui importent tant ?

Sur le plan de la communication, la séquence est un naufrage pour Vendôme : il suffit de quelques recherches sur internet pour constater que les premières informations disponibles pour les investisseurs et touristes potentiels portent sur ce triste épisode. "Ça va laisser des traces, il y aura un avant et un après, c’est certain", glisse le député Christophe Marion. Sans compter la rancune de la communauté turque qui n’a jamais fait pression sur la mairie et se voit accusée d’antisémitisme ou l’opinion des descendants de Justes et de déportés.

L'UDI reste murée dans le silence. Pourtant, le parti se vante d'avoir eu Simone Veil comme première adhérente...

UDI : circulez y’a rien à voir ?

Une paisible commune de moins de 16 000 habitants du Loir-et-Cher peut avoir une circonstance atténuante : elle est peu habituée à gérer des situations aussi explosives. Mais que dire de l’UDI, parti auquel est rattaché Laurent Brillard ? Cinq jours après les faits, le silence est de mise.

Aucun communiqué n’a été publié sur le compte X du mouvement. Rien non plus sur le compte Instagram ou le site officiel. Contacté par Décideurs Magazine, le parti fait le mort.

Silence également du côté des principaux responsables du mouvement, notamment du sénateur Hervé Marseille, son président. Rien non plus du côté des deux membres UDI du gouvernement que sont Françoise Gatel, chargée de la Ruralité, et Véronique Louwagie, chargée du Logement. Étrange pour un parti se vantant d’avoir comme première adhérente Simone Veil qui ne doit pas être très fière de ses héritiers…

Lucas Jakubowicz