Le président américain vient de lancer une guerre commerciale inédite qui pourrait pénaliser ses soutiens historiques. Cela pourrait donner lieu à une mesure bien connue dans l’Empire romain, la damnatio memoriae…

Elon Musk et J. D. Vance ne cachent pas leur passion pour la Rome antique. Ils doivent donc avoir eu vent de cette tradition bien connue. À la mort de l’empereur, le sénat avait pour habitude de voter la consecratio, soit l’apothéose du défunt élevé au rang de dieu.

Dans de rares cas, une vingtaine au total, l’empereur subissait la damnatio memoriae. Son nom était effacé des archives et voué à sombrer dans l’oubli. Les victimes les plus connues ? Néron, Domitien ou Commode. Parmi les principaux motifs justifiant cette sanction, l’usurpation ratée ou les purges contre les grands personnages qui, au départ, avaient cru pour beaucoup en leur chef.

En somme, il s’agissait de sanctionner un tyran, mais aussi de faire oublier une chose embarrassante : les élites avaient soutenu un être cruel et incompétent. Certes, Donald Trump n’est pas empereur et les États-Unis ne sont pas la Rome antique. Mais, dans un futur proche, l’actuel président pourrait bien subir une damnatio memoriae des temps modernes.

Une partie du monde de la tech, des élites économiques, des élus républicains d’États pauvres et de patriotes sincères ont misé sur le républicain. Si la tendance actuelle se poursuit, ils risquent d’être déçus par la politique du chantre du Make America Great Again. Les attaques contre la science et les universités exposent le pays à un retard sur les innovations de rupture qui feront le monde de demain (énergies renouvelables, clean tech…). La guerre commerciale va probablement mener à des pertes de parts de marché pour les produits made in USA, augmenter le coût de la vie, se traduire par des pertes d’emplois, ce que le président reconnaît déjà à demi-mot. Les licenciements massifs dans la haute administration touchent des responsables qui ne voyaient pas tous Donald Trump d’un mauvais œil.

Sans parler des républicains adeptes d’une puissance forte. Ces derniers peuvent finir par comprendre que les concessions à Vladimir Poutine, les vexations infligées aux alliés font des États-Unis une nation faible, corruptible et peu digne de confiance. La politique actuelle va avant tout pénaliser la première puissance du monde.

Pour le moment, les élites trumpistes suivent, mais des réserves commencent à poindre. Il suffit que des lézardes apparaissent dans l’édifice pour que la colère de ses partisans désenchantés se déchaîne et se traduise par une défaite électorale d’ampleur. Dans ce cas, il sera dit que les années Trump sont un simple accident de l’Histoire à oublier. Une damnatio memoriae en bonne et due forme !

Lucas Jakubowicz