L’Europe vieillit. Plus que jamais, un parti qui veut arriver au pouvoir a intérêt à faire le plein de voix chez les retraités. Quitte à négliger la jeunesse. Ce n’est pas Emmanuel Macron, Friedrich Merz ou les partisans du Brexit qui diront le contraire...
Une technique permet de gagner une élection, laquelle ?
Quelle est la recette gagnante pour exercer le pouvoir en Europe ? Séduire les plus âgés. Les dernières élections fédérales allemandes en sont la preuve. Si la CDU prend les rênes de la première puissance économique d’Europe, c’est grâce aux têtes blanches. Le candidat conservateur Friedrich Merz récolte 28 % des suffrages, dont 43 % des plus de 70 ans qui représentent un quart des votants. Outre-Rhin, 40 % des électeurs sont retraités, et seulement 13 % ont moins de 25 ans
Les choses ne sont pas si différentes en France, un pays où les plus de 50 ans comptent pour plus de la moitié du corps électoral. Si Emmanuel Macron a été réélu, c’est avant tout grâce à l’ancienne génération. Le président-candidat n’aurait pas pu accéder au second tour sans le soutien des plus de 70 ans qui l’ont placé largement en tête avec 41 %. Au second tour, cette "assurance vie du macronisme" s’est illustrée par un vote à 72 % pour le centriste. Détail marquant, Marine Le Pen aurait remporté son duel d’une courte tête (51 %) si seuls les 25-34 ans avaient eu le droit de vote…
Il en est de même en Grande-Bretagne. En optant à 60 % pour le Brexit, les retraités ont fait basculer le scrutin. Pourtant, 73% des 18-25 ans avaient glissé le bulletin "Remain" dans l’urne…
Nous voici donc dans un nouveau modèle politique. Techniquement, ce n’est pas une gérontocratie, où seuls les plus âgés dirigent. En Europe, un trentenaire peut tout à fait gouverner, mais uniquement s’il cartonne chez les retraités.
En Europe de l’Ouest, les stratèges ont compris que, pour gouverner, il est indispensable de "plaire aux vieux", seuls faiseurs de rois. Il est même possible de délaisser les plus jeunes et les actifs, cela ne compromet pas la victoire. Conséquence, à moyen terme, les partis qui remporteront les élections nationales auront tout intérêt à mener une politique "clientéliste" en favorisant la rente, les retraites, les mesures fiscales pour une population qui ne travaille plus. Le tout au détriment de l’innovation, de l’investissement dans la natalité, l’éducation ou la formation. De quoi rendre les pays encore plus immobiles, allergiques au risque, à l’innovation. Sur les réseaux sociaux français, il existe un gimmick désormais célèbre : "Il faut baisser les retraites géantes des boomers et rendre aux actifs le fruit de leur travail". Soyons clair, un parti de gouvernement n’a aucun intérêt à le faire…
Nous voici donc dans un nouveau modèle politique. Techniquement, ce n’est pas une gérontocratie, où seuls les plus âgés dirigent. En Europe, un trentenaire peut tout à fait gouverner, mais uniquement s’il cartonne chez les retraités. Ne reste plus qu’à baptiser ce type de régime. Les historiens des siècles à venir trouveront probablement le bon terme lorsqu’ils s’intéresseront à la marginalisation d’un vieux continent qui n’a jamais aussi bien porté son nom.
Lucas Jakubowicz