Culte du chef, sensibilité à la flatterie, mépris pour le Parlement et les corps intermédiaires, fascination pour les autocrates… Donald Trump présente toutes les caractéristiques du leader antilibéral. Pourtant de nombreux libéraux autoproclamés lui ont fait allégeance. Jusqu’à quand ?
Non, Donald Trump n’est pas libéral !
Certains Français regardent Donald Trump et son administration avec des yeux de Chimène. Pourquoi pas, c’est leur droit. Problème, bon nombre d’entre eux se proclament libéraux. Or, quiconque connaît cette idéologie peut l’affirmer sans détour : le milliardaire new-yorkais est le président américain le plus illibéral de l’Histoire. Voici pourquoi.
Culte du chef
C’est à la fin du XVIIème siècle que la doctrine libérale commence à prendre forme. Les "premiers théoriciens" tels John Locke cherchent alors à proposer un modèle politique différent de la monarchie absolue. Aujourd’hui, si certains esprits taquins estiment qu’il y’a autant de définition du libéralisme que de libéraux, un point commun subsiste : le rejet du culte du chef.
Dès qu’un responsable politique s’estime capable de gouverner seul en se fiant à son instinct, son flair, sa naissance ou son intelligence, un libéral se doit de tiquer. Or, c’est exactement ce que fait Donald Trump qui a transformé le parti républicain en écurie personnelle. Les débats internes sont réduits à néant. Pour obtenir des responsabilités en son sein, il faut jurer fidélité au chef en personne et accepter de suivre toutes ses lubies. Dernier exemple en date la visite de Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche lors de laquelle les ténors républicains Lindsay Graham ou Marco Rubio ont tenu des propos hostiles à l’égard du chef d’État ukrainien. Il y'a quelques mois, leur discours était totalement différent. Mais, soumis à Donald Trump, ils sont tenus de parler comme leur patron sous peine d’être humiliés et rejetés à leur tour.
En somme, si Donald Trump assène que la couleur rouge est en fait noire, il faut lui obéir sous peine de bannissement. Peu libéral, non ? D’autant plus que la seule solution pour le faire changer d’avis semble être la flatterie. Notons également que l’homme à la peau orange nourrit une fascination à l’égard de tous les despotes du globe, notamment Vladimir Poutine qui assume préserver son pays… des dérives libérales !
Parlement piétiné
Croyant profondément dans la rationalité des hommes et l’intelligence collective, les libéraux mettent au centre de tout l’élection et le Parlement. Dès lors, comment est-il possible de soutenir un homme qui a incité ses troupes à attaquer le Capitole le 6 janvier 2016 ? Comment se rallier à un individu qui insulte de "fils de p…e" ou de "tape…e" le président de son groupe au Sénat ou son vice-président coupables de respecter le verdict des urnes et les institutions ?
Défense de la liberté d’expression en trompe l’œil
Bon nombre de "libéraux trumpistes" justifient leurs choix en assénant qu’il compte rétablir la liberté d’expression, notamment en s’attaquant au wokisme. Oui, c’est vrai, tout libéral peut estimer légitime de combattre une lubie qui transforme les individus en quotas religieux, sexuels ou ethniques, porte atteinte à la création artistique et vise à rééduquer les masses à la manière des staliniens ou des maoïstes.
Mais le prix à payer semble toutefois lourd. Loin de revenir à un monde où le débat est serein et la liberté individuelle la norme, le trumpisme remplace le wokisme par un backclash ultra conservateur. Le président a pris la tête du National Symphony Orchestra avec un droit de regard sur la programmation. Pour obtenir des subventions fédérales, les universitaires sont désormais contraints d’éviter certains termes dans leurs travaux dont "changement climatique", "justice environnementale", "émissions de gaz".
Autre illustration de la liberté d’expression à la sauce Trump : Désormais c’est son administration qui souhaite choisir les journalistes accrédités pour le suivre au quotidien. Une première ! Les "malpensants" sont exclus. C’est le cas d’Associated Press interdit d’accès à Air Force One et à la Maison Blanche. Le crime ? Refuser d’appeler le Golfe du Mexique, Golfe de l’Amérique ce qui en fait selon le président "une organisation de gauche radicale". En revanche, les youtubeurs et tiktokeurs flagorneurs sont les bienvenus.
Les libéraux soutenant Trump par aveuglement, cynisme, calcul ou ignorance sont invités à relire les classiques et se replonger dans l’Histoire. S’ils sont droits dans leur botte la conclusion s’imposera d’elle-même : ils prendront le large !
Lucas Jakubowicz