Naguère à l’avant-garde du "wokisme", The Walt Disney Company a brutalement changé son fusil d’épaule. Le retour au pouvoir de Donald Trump a été un bon prétexte pour revenir sur une stratégie aux résultats économiques et réputationnels désastreux.

Le scénariste proposant à Disney une nouvelle version de Peter Pan avec un personnage principal non binaire, nain, LGBT et issu d’une minorité aura désormais plus de difficultés à vendre son sujet. Selon des informations divulguées par le média américain Axios, The Walt Disney Company a annoncé une évolution stratégique de grande ampleur.

Jusqu’à la caricature

Bien entendu, promouvoir la diversité et lutter contre toute forme de racisme sont des choses louables. Mais le groupe californien semble avoir poussé le curseur un peu trop loin. Citons pêle-mêle les initiatives suivantes : les termes hommes et femmes ont été bannis des parcs d’attractions, de nombreux dessins animés, tels Dumbo, les Aristochats, La Belle et le Clochard étaient précédés d’un message avertissant le public que le contenu présentait "des représentations négatives et/ou des mauvais traitements envers des personnes ou des cultures. Ces stéréotypes étaient erronés à l'époque et le sont toujours". Parmi les points jugés choquants ? Un chat siamois aux yeux bridés susceptible de froisser les asiatiques ou le singe Louie du Livre de la Jungle considéré comme une caricature d’afro-américain. Notons qu’aucun "concerné" n’a fait remonter cette préoccupation…

Le géant du divertissement a également lancé un ambitieux programme de Diversity Equility & Inclusion (DEI) en 2021. Baptisé "Reimagine Tomorrow", il espérait "amplifier les voix sous-représentées" en donnant des primes aux cadres dirigeants du groupe recrutant massivement des personnes considérées comme des minorités, peu importe le niveau de compétence. Le programme concernait également la création. Objectif :" 50 % des personnages principaux et récurrents des productions du groupe Disney seront dorénavant issus d'un groupe sous-représenté". Ce quota concernait également les scénaristes et les équipes de production au sens large. Comme l’avait démontré l’essayiste Samuel Fitoussi dans son ouvrage Woke fiction, le poids des minorités dépasse de loin leur proportion réelle dans la société.

D’une certaine façon, cela a conduit à des créations stéréotypées et sans créativité. Le groupe est ainsi tombé dans la facilité en se contentant de reprendre certains succès en ajoutant une "sauce progressiste" sans effort de création : une petite sirène noire, un couple gay dans La Belle et la Bête, un couple de lesbiennes dans Buzz l’éclair, un stormtrooper gay dans Star Wars, le premier superhéros gay dans Les éternels… Les nouvelles créations, pour leur part, faisaient plus attention au politiquement correct qu’aux attentes des spectateurs.

Depuis la mise en place du plan Reimagine "Reimagine Tomorrow", Disney est devenu l'une des entreprises les plus détestées des États-Unis et sa capitalisation boursière s'est effondrée de 40% en deux ans !

Désastre financier !

Ces derniers n’ont visiblement pas adhéré aux nouveaux contenus. Pratiquement toutes les créations passées sous les fourches caudines de la censure woke se sont avérées des échecs cuisants, le remake de La Petite Sirène a fait un bide, Wish, le Disney de Noël a réalisé le pire démarrage du studio, Buzz l’éclair n'a pas été diffusé dans de nombreux pays... Avalonia n’est même pas sorti en salle en France. Opter pour un chien handicapé comme personnage principal n’a pas attiré les spectateurs dans les salles…

Aucune création ne s’est ancrée durablement dans la culture populaire. Certaines bonnes idées n’ont même pas pu être produites. La directrice de la création du groupe a ainsi reconnu avoir écarté de bons sujets. Prétexte ? Les scénaristes étaient trop "blancs", les personnages principaux également. Pour reprendre des propos Pierre Valentin, auteur de Comprendre la révolution woke, "Une entreprise censée séduire les marchés de masse a donné les clés du camion à des personnes qui vivent dans une sorte de bulle militante coupée de la majorité."

Une entreprise censée séduire les marchés de masse a donné les clés du camion à des personnes qui vivent dans une sorte de bulle militante coupée de la majorité" 

Naguère parmi les entreprises les plus populaires au pays de l’Oncle Sam, Disney fait désormais partie des plus détestées. Elle occupe la 77e place sur 100 selon le baromètre Axios Harris. Plus préoccupant, sa capitalisation boursière fond : elle était de 168 milliards de dollars en mars 2021, elle est tombée à 100 milliards fin 2023, soit une baisse de 40% en peu de temps. Comme l'admet un dirigeant du groupe dans Le Parisien, "Nous pensions ouvrir la voie vers un cinéma plus universel, mais nous avons peut-être trop voulu forcer le changement. Le public n’a pas adhéré aussi naturellement que nous l’espérions".

Sortir du bourbier

Très vite, la direction du groupe a tiré la sonnette d’alarme. Lors de son retour à la direction fin, l’emblématique PDG Bob Iger a prôné le retour aux fondamentaux : "Les créateurs ont perdu de vue ce que devait être l’objectif : nous devons divertir, il ne s’agit pas d’envoyer des messages." Mais la politique DEI, toujours appliquée, n’a pas permis de changer la donne. Parmi les scénarios produits ou en cours de création ? Une super-héroïne amérindienne sourde et unijambiste ainsi qu'un remake de Blanche-Neige où les nains sont remplacés par des "créatures magiques" pour ne pas froisser les personnes de petite taille… Il semble que cette piste soit abandonnée.

Malgré les mauvais résultats financiers, le groupe n’était pas parvenu à faire machine arrière. Comment l’expliquer ? Les cadres dirigeants avaient-ils peur de passer pour des racistes ? Etaient-ils effrayés d’être le premier groupe à revenir sur les politiques DEI ?

Si les politiques wokes sont allées trop loin, il peut en être de même pour le back clash trumpiste. Espérons qu’un juste milieu soit trouvé

Donald Trump : un effet d’aubaine ?

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a été un effet d’aubaine. Les études d’opinion ont montré que le républicain doit en grande partie sa victoire à son discours "anti-woke" qui a attiré de nombreux électeurs, notamment issus des minorités. Cela a poussé de nombreuses entreprises à revenir sur les excès de leurs politiques d’inclusion qui se sont avérées dommageables sur le plan financier et créatif.

Disney, pour sa part, a supprimé "Reimagine Tomorrow" ainsi que les trigger warning au début de ses dessins animés. Désormais, un scénariste blanc et homme aura bon espoir de voir son histoire examinée par la création du groupe sans malus.

Attention cependant, si les politiques wokes sont allées trop loin, il peut en être de même pour le back clash trumpiste. Espérons qu’un juste milieu soit trouvé.

Lucas Jakubowicz