Depuis le début de l'année les chefs d'entreprise des deux premières puissances économiques d'Europe donnent de la voix et descendent dans les rues. Leur demande ? Moins de taxes et de bureaucratie pour pouvoir lutter à armes égales avec les Américains et les Chinois. S'il n'est pas trop tard...

Janvier 2025, les alentours de la Porte de Brandebourg à Berlin débordent de manifestants peu habitués à descendre dans la rue : les chefs d’entreprise. Qu’ils dirigent des TPE, des PME, des grands groupes, qu’ils soient actifs dans l’industrie ou les services, tous sont préoccupés. L’Allemagne est en récession depuis deux ans. La faute, principalement, à une économie basée sur l’exportation et l’énergie à bas coûts, touchée de plein fouet par la conjoncture internationale.

En France, leurs homologues n’ont pas encore organisé de manifestations, mais la colère gronde depuis le début de l’année. Selon un sondage PWC, 76 % estiment que la croissance ne sera pas au rendez-vous en 2025. Les petits patrons grognent auprès des antennes locales de leurs syndicats tandis que les PDG du CAC40 s’alarment publiquement. Du jamais vu depuis les premières années de la présidence Hollande.

Guillaume Faury, à la tête d’Airbus, dont le carnet de commandes est pourtant plein pour dix ans, évoque "trop de charges, trop de contraintes" et un environnement "invivable". Ben Smith, PDG d’Air France, juge la récente politique fiscale "incompréhensible" et pointe des "marchés qui perdent confiance". Luc Rémont, d’EDF, estime que c’est "l’enfer d’investir en France pour des raisons réglementaires", Florent Menegaux, à la tête de Michelin, prévient : "Il ne faut pas s’étonner si les entreprises partent ailleurs." Mentionnons également la froide colère de Bernard Arnault le 28 janvier à propos de la surtaxe, présentée comme temporaire, des grandes entreprises. Patrick Martin, président du Medef, fait part de "l’incompréhension" de ses adhérents. La litanie pourrait continuer sur plusieurs paragraphes.

Qu’il s’agisse de la France ou de l’Allemagne, les revendications sont les mêmes. Les employeurs demandent à l’Union européenne et à la France moins de bureaucratie, de normes, de charges et d’impôts. Faute de quoi, l’économie du Vieux Continent risque de décrocher définitivement et d’être à la remorque de la Chine et des États-Unis qui mènent, eux, une politique pro-business.

Reste à voir les conséquences politiques de ce coup de sang dans deux pays en pleine instabilité institutionnelle. Les patrons allemands vont-ils soutenir massivement le candidat de la CDU Friedrich Merz au positionnement libéral ? Ou se laisser tenter par l’Afd, soutenue par Elon Musk, chantre de la débureaucratisation et de la déréglementation ? Dans l’Hexagone, le centre et la droite vont-ils mettre fin aux politiques des années Macron soutenues par le patronat ? Eric Lombard va-t-il écouter les préoccupations du terrain ? Vers qui se tourner ? Une chose est certaine : lorsque la croissance bat de l’aile, populisme et extrémisme avancent leurs pions.

Lucas Jakubowicz