Décès d'Olivier Marleix, le gardien du temple LR
Un député abandonnant son groupe parlementaire est toujours un moment désagréable pour ses collègues qui peuvent se sentir trahis. Alors, quand le chef lui-même quitte le navire, la blessure n’en est que plus vive. Glissez le nom de Damien Abad dans une discussion avec un député LR et vous le constaterez. En 2022, l'élu de l’Ain, président du groupe LR, part avec armes et bagages en macronie. Son successeur, Olivier Marleix est resté fidèle à une famille politique dans laquelle il a grandi jusqu'à son décès le 7 juillet 2025.
Ancien ministre
Littéralement "biberonné" à la droite de gouvernement, Olivier Marleix était le fils d’Alain Marleix, figure bien connue du RPR puis de l’UMP où il occupait la fonction officieuse d’expert en carte électorale. En plus d’avoir été membre du Parlement européen, député du Cantal jusqu’en 2017 ou encore secrétaire d’État aux Anciens combattants ou aux Collectivités territoriales sous Nicolas Sarkozy.
Le fils, pour sa part, s’engage de manière précoce en politique. En 1995, alors qu’il n’a que 24 ans, il est à la tête du comité de soutien des jeunes pour Édouard Balladur, tout en étant membre du cabinet de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Jeunesse et des Sports. En 1997, il est élu président de l’Union des jeunes pour le progrès (UJP), le mouvement des jeunes gaullistes sociaux.
En 1995, alors qu’il n’a que 24 ans, il est à la tête du comité de soutien des jeunes pour Édouard Balladur
Puis vient le temps de bâtir une carrière et de voler de ses propres ailes. "Ancien monde" oblige, cela passe par l’ancrage local. Pour lui, ce sera l’Eure-et-Loir, loin de l’Auvergne de ses parents. Peu à peu, il tisse sa toile politique dans le département où il débute en 1998 comme directeur de cabinet de Martial Tagourdeau, président du conseil général. Dix ans plus tard, il est élu maire du village d’Anet, conseiller général, président de la commission chargée des affaires culturelles, vice-président du conseil général. En 2012, il décroche le siège de député de la seconde circonscription du département, un bastion de la droite. Il le gardera jusqu'à sa mort et l'emportera en 2025 face au médiatique candidat RN Aleksandar Nikolic.
Combattre les liquidateurs
À l’Assemblée nationale, il existe plusieurs catégories de députés : les bateleurs qui arpentent les chaînes d’infos et les radios pour distribuer les punchlines, les planqués mais aussi ceux qui considèrent leur travail comme technique. Olivier Marleix se range très vite dans cette famille. Il laisse l'image d'un "homme de dossier", ouvert à la discussion, doté d’une forte appétence pour les sujets pointus que certains aiment "cacher sous le tapis". De novembre 2017 à avril 2018, il préside la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle. Dans le collimateur, les cas d’Alstom, d’Alcatel et de STX. De cette mission, Olivier Marleix tire un livre : Les liquidateurs, ce que le macronisme inflige à la France et comment en sortir. Mais aussi une meilleure visibilité auprès du grand public et de ses pairs. En novembre 2019, lorsque Christian Jacob quitte la présidence du groupe LR, Olivier Marleix se porte candidat à sa succession. Il échoue face à Damien Abad qui obtient 64 voix contre 37.
Réputé "homme de dossier", Olivier Marleix était ouvert à la discussion, doté d’une forte appétence pour les sujets pointus que certains aiment "cacher sous le tapis"
Position centrale
En 2022, il retente sa chance et fait cette fois-ci figure de favori face au jeune député de l’Aisne Julien Dive qu’il bat de manière nette : 40 voix contre 20 et une abstention. L’avantage stratégique d’Olivier Marleix ? "occuper au sein du groupe LR", explique Christophe Bellon, universitaire spécialiste de l’histoire parlementaire.
S’il appartenait à une autre génération que la jeune garde ambitieuse de trentenaires (Aurélien Pradié, François-Xavier Bellamy, Fabien Di Filippo, Othman Nasrou…) qui veulent repenser le logiciel de la droite, ces derniers ne le voient pas d’un mauvais œil. Élu en 2012, il n’était pas non plus membre de l’ancienne garde qui a connu les années Sarkozy, ce qui lui permet d’incarner une certaine forme de renouveau.
Faire vivre le groupe
Dans sa fonction occupée jusqu'à la dissolution de 2024dissolution de 2024, Olivier Marleix a relevé un défi aussi personnel que politique : aucun élu LR n'a rejoint pas la majorité présidentielle et ses satellites, notamment Horizons. Pour éviter cette situation, le primus inter pares a sufaire preuve de doigté. Mais, par rapport à la législature précédente, Olivier Marleix disposait d’un atout. Le gouvernement n’ayant pas la majorité absolue, les transfuges potentiels pourraient ne pas voir leur intérêt à rejoindre un pôle moins brillant que naguère. D’autant plus que la situation politique permettait à LR de peser.
"Non à une coalition, oui à des échanges"
Proche de Michel Barnier
Olivier Marleix fut l'un des principaux soutiens de Michel Barnier avec qui il partageait de grandes convergences idéologiques. Dans le nouvel organigramme de LR présidé par Bruno Retailleau, il jouait un rôle clé dans l'élaboration d'une stratégie pour les élections municipales. Dans les heures qui ont suivi sa disparition, tous les responsables politiques lui ont rendu un hommage vibrant et sincère. Ce qui, dans un monde politique de plus en plus agressif, veut dire beaucoup.
Lucas Jakubowicz