Alors que Donald Trump souffle le chaud et le froid sur la Bourse, les investisseurs s’interrogent : faut-il revoir sa stratégie ? S’inquiéter de la chute des valorisations ? Tenir bon ? Dans un environnement dominé par l’incertitude, Matthieu Silva Santos, directeur de l’offre chez Goodvest, revient sur les récentes agitations de marché.
Matthieu Silva Santos (Goodvest) : "Face aux annonces de Trump, il faut garder son cap, éviter de prendre des décisions dans la panique et faire preuve de discipline"
Décideurs. Les annonces de Donald Trump malmènent les marchés depuis une semaine…
Matthieu Silva Santos. Depuis sa réélection, nous savions que ses annonces allaient bousculer les marchés. Lors de son premier mandat, son imprévisibilité avait été remarquée. Cette fois encore, la généralisation des tarifs douaniers, y compris envers les partenaires historiques des États-Unis, a alimenté les incertitudes économiques. À cela s’ajoutent les signes d’essoufflement du marché du travail et de la consommation américaine – qui représente pourtant 70 % du PIB… Tout cela a contribué à raviver les craintes de récession.
Peut-on parler d’une crise financière ?
Il y a eu un choc, c’est certain, car les marchés ont enregistré des baisses significatives comparables à celles observées pendant le Covid-19. Ce qui est marquant ici, c’est que cette crise aurait pu être évitée car, en quelque sorte, elle a été provoquée. Cette fois-ci, ce sont les fondamentaux des entreprises qui ont été touchés, avec une anticipation de baisse des bénéfices. Ce n’est donc pas seulement une question de prix des actions, mais bien de valorisation intrinsèque, ce qui explique l’intensité des mouvements.
Et aujourd’hui, nous observons un léger rebond…
Nous pensons qu’il s’agit d’un rebond technique, pas d’un retournement durable. Il intervient après plusieurs jours de baisse intense, mais il n’est pas soutenu par des annonces concrètes. Il manque une intervention forte et structurelle, soit du président, soit de la banque centrale. D’autant que Trump reste imprévisible : il annonce des mesures extrêmes, puis recule. Ce type de gouvernance entretient l’instabilité, et nous allons devoir vivre avec cela les prochaines années.
Dans ce contexte, que peuvent faire les épargnants pour se protéger ?
C’est précisément dans ces périodes qu’il faut savoir gérer ses émotions. Les épargnants n’investissent pas pour juin 2025, mais pour 2035. À long terme, les crises ponctuelles ont peu d’impact. Ce qu’il faut, c’est garder son cap, éviter de prendre des décisions dans la panique et faire preuve de discipline. L’histoire montre que les marchés finissent toujours par remonter. Il ne faut donc ni céder à la peur ni chercher à ajuster sa stratégie à chaque fluctuation. Pour nos clients en gestion pilotée, notre rôle est de filtrer les biais cognitifs, de faire les ajustements nécessaires tout en gardant une vision rationnelle.
La règle d’or reste-t-elle la diversification ?
Il faut diversifier sur les plans sectoriel, géographique, mais aussi dans le temps. Les versements réguliers permettent de lisser les risques. Nous recommandons aussi d’élargir aux actifs non cotés, comme l’infrastructure ou l’immobilier, qui sont moins sensibles aux marchés boursiers. Même s’ils ne sont pas totalement à l’abri de la volatilité, ils apportent une décorrélation importante.
Qu’en est-il des actifs durables, dans la mesure où Donald Trump semble être climato-sceptique ?
Ils ont souffert, notamment à cause des annonces contre les politiques écologiques, mais nous pensons que ces effets d’annonce sont temporaires. Le plan d’investissement IRA (Inflation Reduction Act), qui soutient l’industrie verte, est avant tout un plan pro-emploi. Trump pourrait en modifier le nom, mais il est peu probable qu’il y renonce : une majorité des projets créateurs d’emploi sont localisés dans des États républicains.
S’il n’y avait qu’un conseil à retenir en cette période d’incertitude, quel serait-il ?
Comme on consulte un médecin en cas de symptômes, il ne faut pas hésiter à s’entourer d’un professionnel pour gérer son épargne. Notre mission est aussi de rassurer et de faire preuve d’empathie dans un contexte incertain.
Propos recueillis par Marine Fleury