La retraite des chefs d'entreprise est une question souvent négligée, faute d'anticipation et de méconnaissance des dispositifs à leur disposition. Pourtant, une bonne préparation peut permettre d'optimiser ses droits et éviter des erreurs coûteuses. Marilyn Vilardebo, présidente-fondatrice d’Origami&Co, nous éclaire sur les écueils à éviter et les stratégies à adopter pour préparer sereinement cette étape de vie.
Marilyn Vilardebo (Origami&Co) : "La retraite doit être considérée comme un patrimoine que l'on décide de mobiliser au moment le plus opportun"
Décideurs. Quels sont les principaux pièges que les dirigeants d'entreprise doivent éviter lorsqu'ils préparent leur retraite ?
Marilyn Vilardebo. L’erreur numéro un est d'associer la retraite à la fin de leur activité. Beaucoup de chefs d'entreprise n'anticipent pas leur retraite car ils l'assimilent à un arrêt définitif de leur activité. Or, la retraite peut être encaissée tout en continuant à travailler. Le chef d'entreprise cotise toute sa vie, et ses cotisations doivent être optimisées. La retraite doit être considérée comme un patrimoine que l'on décide de mobiliser au moment le plus opportun.
Quels sont les dispositifs à connaître pour bien anticiper sa retraite ?
Il y a deux dispositifs principaux à maîtriser, qui sont le rachat de trimestres et le cumul emploi-retraite. Au-delà de ces mécanismes, les règles propres à chaque situation sont importantes pour ne pas passer à côté de sommes dues (nombre d'enfants, contrat d'apprentissage, armée, carrière longue et/ou à l’étranger, etc.). Ces éléments peuvent impacter le calcul de la retraite, mais ne sont pas toujours bien appliqués par les caisses, d’où la nécessité de se faire accompagner.
Comment accompagnez-vous les dirigeants ?
Nous commençons par une analyse détaillée du relevé de carrière du client, ce qui nous permet d'identifier d’éventuelles erreurs ou omissions. Ensuite, nos experts reconstituent la carrière pour vérifier que tout a bien été pris en compte (revenus, règlementation…). Nous apportons les corrections nécessaires auprès des caisses de retraite, puis nous proposons des projections financières afin de déterminer le meilleur moment pour déclencher la retraite.
Quel est le bon moment pour anticiper sa retraite ?
L'idéal est de commencer à s'y intéresser dès 50 ans. Cela permet d’ajuster sa stratégie en fonction de l’évolution de son entreprise et de ses choix personnels. Si un dirigeant attend deux ans avant son âge légal de départ à la retraite, il aura peu de marge de manœuvre pour optimiser sa situation.
Et dans le cas d’une transmission d’entreprise ?
Nous intervenons principalement sur la date optimale pour transmettre afin de maximiser les exonérations fiscales. En revanche, nous ne gérons pas directement la cession, mais nous travaillons avec des partenaires spécialisés dans ce domaine pour accompagner le dirigeant sur ces sujets.
Qu’en est-il des dirigeants ayant exercé à l'étranger ?
Pour les carrières internationales, tout dépend des conventions entre la France et les pays concernés. Lorsqu'un dirigeant a travaillé plusieurs années à l'étranger, suivant les pays, il peut faire reconnaître ces périodes par les caisses de retraite françaises. Dans certains cas, les trimestres acquis à l'étranger peuvent être pris en compte pour le calcul des droits à la retraite en France. Il faut engager des démarches spécifiques pour que ces périodes apparaissent sur le relevé de carrière. Si le pays concerné a une convention avec la France, les périodes de travail doivent être intégrées. Cela étant dit, il faut savoir que si vous avez exercé dans plusieurs pays en Europe et hors Europe, il ne sera appliqué qu’une seule convention à l’avantage du dirigeant.
Côté réglementaire, y’a-t-il eu des changements récents ?
Oui, par exemple, concernant les professionnels exerçant en libéral relevant de la CIPAV, ils peuvent désormais racheter leurs cotisations passées à un tarif plus avantageux qu’un de rachat de trimestres classique. C'est une opportunité intéressante, mais encore faut-il connaître cette possibilité, car les caisses de retraite ne vont pas spontanément en informer leurs affiliés.
Si vous n’aviez qu’un conseil à donner aux chefs d’entreprise, lequel serait-il ?
Les caisses mettent à disposition votre relevé de carrière mais vous avez le devoir de le contrôler. En moyenne, nous relevons six erreurs par carrière et un gain moyen de 300€ net/mois en plus. Se faire accompagner, c’est s’assurer de percevoir le bon montant au meilleur moment.
Propos recueillis par Marine Fleury