Alors que les rapports entre les bailleurs et les locataires sont au cœur de l’attention, Gilles Allard, président de l’Association des directeurs immobiliers (ADI), expose à Décideurs les premiers enseignements qu’il tire de cette crise inédite.

Décideurs. Quels premiers enseignements tirez-vous de la crise sanitaire et du confinement ?

Gilles Allard. Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, certaines tendances sont notables. Toutes les professions exercées dans des bureaux ont dû être réalisées depuis le domicile. Cette nouvelle façon de travailler a été déployée massivement et en un temps restreint et a démontré en grande partie son efficacité dans le monde entier. Les collaborateurs se sont fortement investis et ont réussi à effectuer leurs tâches dans ce contexte inédit. Cela aura sûrement un impact dans les stratégies de management et les politiques de ressources humaines, d’autant plus que les outils technologiques qui ont rendu possible cette bascule vont continuer à se développer dans les années à venir. Cette configuration ne peut cependant être permanente car nous ne disposons pas tous du même niveau de confort à notre domicile pour travailler dans de bonnes conditions. Surtout, elle ne nous permet pas de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir de nouveaux sujets… Ce besoin social d’informel, de relations, de développement personnel et professionnel rend nécessaire le retour au bureau dès que les conditions sanitaires le permettront, même si une part importante de travail à distance perdurera.

La crise replace donc la direction de l’immobilier au cœur de la stratégie de l’entreprise. Les évolutions prendront du temps car nous avons tous des engagements contractuels à honorer et nous devrons repenser les modes de management et l’aménagement des espaces. Il semble toutefois probable que le bureau deviendra plus un lieu de socialisation et de collaboration qu’un espace de production dans les années à venir. Par ailleurs, nous devrons tenir compte encore davantage des problématiques de santé comme la qualité de l’air par exemple. Des questions pratiques vont également se poser dans les espaces collectifs tels les RIE, les ascenseurs… Les mesures déployées actuellement pour y accéder ne seront pas forcément pérennes. Mais les organisations qui étaient en place avant le confinement vont évoluer. 

Autre point important, de nombreux salariés doivent se déplacer sur sites ou bien aller chez leurs clients. C’est le cas par exemple des property managers et des facility managers qui se sont fortement mobilisés pour adapter en un temps record les immeubles à la nouvelle donne sanitaire. La crise que nous traversons a remis en lumière l’importance de ces professions dans la chaîne de valeur de l’immobilier. Enfin, la crise sanitaire ne doit pas faire oublier la problématique climatique. Des solutions communes répondent aux enjeux de chacun en matière de politique RSE, de mobilité, de solutions bas carbone… Nous devons tous nous attacher à rendre nos entreprises et nos territoires aussi résilients que possible pour être prêts à faire face aux prochaines crises exogènes sans que l’économie et la vie sociale ne se retrouvent complètement à l’arrêt.

"Les bailleurs ont fait preuve de solidarité pour les situations qui le justifiaient, ainsi que d’intelligence et de responsabilité"

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement ?

Le gouvernement a pris rapidement des mesures pour faire face à la crise sanitaire, mesures adaptées ou corrigées régulièrement pour préserver l’activité en concertation avec les acteurs économiques. Les pouvoirs publics ont par exemple publié fin mars une ordonnance qui a impacté les autorisations d’urbanisme avec certains effets contreproductifs. Mais ils ont entendu les retours des professionnels de l’industrie immobilière et pris rapidement des mesures correctives. Nous saluons également l’action de l’administration. Dans la mise en œuvre des dispositions, cela peut sans doute être variable, mais j’ai des exemples concrets où les services des préfectures ont été à l’écoute, réactifs et engagés pour faire avancer les sujets.

Comment jugez-vous les relations entre bailleurs et locataires dans cette situation inédite ?

Les bailleurs ont été généralement à l’écoute des difficultés de leurs locataires en étudiant les dossiers au cas par cas et en cherchant des solutions adaptées à chaque cas. Ils ont fait preuve de solidarité pour les situations qui le justifiaient, ainsi que d’intelligence et de responsabilité car cet accompagnement était nécessaire pour garantir la pérennité de leurs business models.

Quel pourrait être le rôle de l'immobilier dans la relance économique ? 

Le secteur du BTP devrait bien sûr participer à la relance économique. L’ADI et EY ont réalisé en 2019 le premier baromètre des implantations de services en France. Cette étude a mis en lumière les critères de l’attractivité des métropoles. La qualité de vie est l’un d’eux et implique le lieu de résidence, les commerces et services disponibles à proximité, la distance par rapport au site de travail… Les acteurs de la fabrique de la ville prenaient déjà en compte cette dimension et ils vont accentuer leurs efforts en ce sens suite à la crise sanitaire et le confinement. Cela se traduira dans les nouveaux projets, amènera de l’activité et participera à la relance économique.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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