Alors que les commerces sont lourdement impactés par la crise sanitaire, Éric Costa, directeur immobilier du groupe Galeries Lafayette, partage avec Décideurs son analyse de la situation et ses espoirs à moyen terme.

Décideurs. La solidarité est le leitmotiv des professionnels de l'immobilier depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il au sein de votre activité immobilière ?

Eric Costa. Quasiment tous nos magasins sont fermés. Outre la protection de nos équipes et de nos partenaires, nous portons également une attention particulière aux fournisseurs en assurant rapidement le règlement des factures. Le groupe Galeries Lafayette a par ailleurs mobilisé ses stocks dans les domaines de l’équipement de la personne et de la maison au profit des hôpitaux qui en avaient besoin. Grâce à notre maillage territorial, cette action a une portée nationale. En parallèle, notre magasin Eataly est resté ouvert à Paris et prépare des plateaux repas pour plusieurs hôpitaux dans la capitale.

Les Galeries Lafayette sont présentes en Chine, foyer d’origine du virus. Cela vous a-t-il permis d’anticiper les actions à mettre en place en France ?

Nous avons effectivement été impactés en Chine et avons dû fermer nos magasins avant la propagation du virus dans le monde entier. Mais le groupe était déjà prêt à affronter une situation comme celle que nous vivons actuellement grâce à son plan de gestion de crise.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites actuellement face dans votre activité et comment pourraient-elles être résolues ? 

Nous avons dû arrêter des chantiers, notamment à Pau, Annecy, Bron et à Paris dans l’îlot qui se situe derrière le BHV. Cette situation est également valable pour une partie des travaux de restructuration que nous réalisons dans les bâtiments existants. Certains chantiers ont toutefois pu se poursuivre suite à la mise en place des mesures de sécurité sanitaire nécessaires. Concernant nos relations avec nos bailleurs, nous avons demandé des annulations de loyers dans l’immédiat et des aménagements pour la suite mais nous n’avons pas encore reçu de réponses. Je pense que nous attendons tous de voir comment va évoluer la position du gouvernement sur cette question. La fragilité des commerçants qui souffrent depuis plusieurs années explique leur vive réaction face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de solidarité des bailleurs. Mais chacun défend ses intérêts. Et certains propriétaires ont montré des signes de bonne volonté. Ce n’est qu’une question de temps pour qu’un compromis et des solutions soient trouvés afin de créer une dynamique positive. Il serait d’ailleurs intéressant d’organiser des états généraux entre acteurs immobiliers et gouvernement pour tirer les enseignements de cette crise sanitaire, faire évoluer la législation et ainsi préparer une relance vertueuse.

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire ?

J’ai été agréablement étonné par sa capacité d’écoute et de réaction rapide face à une situation inédite. Je trouve paradoxalement l’exécutif meilleur en temps de crise.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement du secteur immobilier selon vous ? 

Elle va renforcer notre stratégie. Notre groupe couvrant tous les secteurs et toutes les gammes du commerce, nous avons identifié depuis plusieurs années les tendances de fond qui modifient les comportements des consommateurs, les valeurs… Nous avons fait le choix de l’utilité collective à long terme plutôt que la logique alliant productivité et maximisation des profits à court terme. Cela se traduit par une agilité locale qui permet d’éviter les conséquences négatives de la mondialisation. En apportant une réponse adaptée à chaque écosystème, nous contribuons à bâtir une société durable et responsable. A contrario, je pense que les modèles qui reposaient sur un équilibre précaire vont faire face à un phénomène de décompensation. Chacun redécouvre en parallèle l’importance de l’urbanisme et de l’architecture dans nos sociétés. Les conditions sont donc réunies pour engager une réflexion profonde au sein de l’industrie immobilière et définir les nouveaux fondamentaux qui nous permettront de bâtir le monde du XXIe siècle.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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