Pionnière, Toulouse 1 Capitole fut l'une des premières universités à procéder à la dévolution de son patrimoine en 2011. Sa présidente, Corinne Mascala, fait avec nous le bilan de cette opération.

Décideurs. Quand avez-vous fait le choix de procéder à la dévolution de votre patrimoine ?

Corinne Mascala. C'est une opportunité que nous avons immédiatement saisie en 2011, dès que l'Etat nous en a offert la possibilité. L'idée est de permettre à l'université de mettre en valeur son patrimoine de manière plus souple que dans le cadre de la classique gestion de l'Etat, nous conférant une réactivité impossible auparavant. Cette opération nous a permis de récupérer la pleine maîtrise sur notre patrimoine immobilier : à la fois en matière d'entretien, ainsi qu'en ayant la possibilité de programmer des travaux à notre rythme. Nous avons aussi pu engager des opérations, notamment avec la construction du bâtiment de l'école d'économie. Ces projets de valorisation étaient dans les tuyaux, la dévolution nous a permis de les effectuer plus rapidement.

Quelles compétences une université doit-elle intégrer pour se constituer une véritable direction immobilière ?

La première problématique qui s'est posée est celle de l'évaluation de notre patrimoine : nous avons fait venir des experts fonciers qui ont procédé à un grand audit. Nous avons ensuite dû constituer une direction du patrimoine, un service nouveau, car nous ne disposions auparavant que des relais des services immobiliers de l'Etat. Bien qu'ayant déjà des agents en interne, nous avons embauché du personnel en provenance d'autres structures publiques ou privées qui étaient déjà en charge de ces questions, profils très spécialisés dont l'université ne disposait pas précédemment. Nous avons également mis en place des outils et logiciels pour l'évaluation, le suivi des travaux et l'entretien de notre parc immobilier.

Comment concilier gestion vertueuse de son immobilier tout en ne s'éloignant pas de sa mission d'intérêt public ?

Lorsque nous avons procédé à la dévolution, nous avons gardé deux budgets annuels distincts : d'un côté la dotation de l'Etat, dédié à la mission d'enseignement et de formation, et une autre au titre de l'immobilier. La frontière entre les deux est hermétique ! Ainsi, lorsqu'on lance des opérations immobilières, on ne sacrifie pas pour autant notre mission de service public.

Quel a été le coût de cette opération ?

Le coût financier a été faible, consistant principalement en un investissement sur des compétences et le recrutement de personnel qualifié. Notre université continue de recevoir une dotation de l'Etat chaque année. La donne va être différente pour les opérations de dévolution lancées actuellement, qui vont se faire sans budget.

Combien de temps est-il nécessaire pour compléter la dévolution ?

Au total, deux années ont été nécessaires pour compléter l'opération : une année complète pour mettre tout en place, et une année supplémentaire pour lancer les premières opérations immobilières.

Quels ont été les travaux accomplis depuis ? Quelles sont les prochaines étapes ?

Au-delà de tous les travaux courants d'entretien et amélioration des bâtiments, nous procédons actuellement à une rénovation de tous les amphithéâtres les uns après les autres. Huit d'entre eux ont d'ores et déjà été entièrement refaits, sur les douze que compte l'université. Nous avons également lancé la construction du bâtiment dédié à l'école d'économie, d'une surface de 10 000 mètres carrés, dont la livraison est prévue pour le mois de juin 2019. Nous venons de lancer une nouvelle opération en rachetant le parking de la cité administrative, au dessus duquel nous construirons 12 000 mètres carrés de locaux supplémentaires : un gymnase et des équipements de médecine préventive financés par le plan campus, ainsi que quatre amphis, des salles de cours et des locaux de formation continue sur nos propres ressources. La construction devrait débuter fin 2020. A terme, ces opérations nous permettront de gagner plus de 25 000 mètres carrés supplémentaires en centre ville.

Nous avons beaucoup d'avantages à rester propriétaires de nos murs

Avez-vous envisagé de vous séparer d'une partie de vos locaux pour devenir locataire ?

Ce n'est pas à l'ordre du jour. Nous avons, à l'heure actuelle, beaucoup d'avantages à rester propriétaires de nos murs afin d'alléger la tutelle de l'Etat. En revanche, à plus long terme, je ne ferme pas la porte à la possibilité de valoriser certains de nos espaces que nous gardons en réserve foncière, tels que les parkings, en procédant à des cessions ou à des opérations immobilières.

Propos recueillis par Boris Beltran

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