Cofondé il y a un an par Ségolène Mouterde, ce nouveau courtier en assurances compte déjà plus de 200 clients parmi les start-up, les scale-up et les spécialistes des cryptomonnaies. IA native, il peut se passer de levées de fonds, mais pas de beaux carnets d’adresses, ce qui explique l’arrivée en juin de deux late-founders.
Ségolène Mouterde (Belem) : "Notre ambition ? Devenir le premier courtier IA native"
Décideurs. Comment est née l’idée de créer Belem ?
Ségolène Mouterde. En tant qu’ancienne fondatrice de plusieurs sociétés, j’ai été confrontée à des problématiques liées à l’assurance, secteur complexe qui fonctionnait encore de manière très traditionnelle. Nous avons créé Belem en partant d’un constat simple : les entreprises technologiques évoluent à un rythme sans précédent, dans un environnement où les risques changent en permanence et doivent être anticipés. En face, les modèles traditionnels de l’assurance peinent encore à suivre cette cadence, créant un véritable fossé entre les besoins des entreprises et les solutions proposées. Belem a pour ambition de devenir le premier courtier IA native.
Pourquoi ciblez-vous avant tout le marché des start-up, scale-up et crypto ?
Les sociétés tech que nous accompagnons sont plus exposées que la moyenne aux enjeux de l’IA et de l’international. Venant de ce monde-là, nous les accompagnons naturellement. Mais les ETI sont aussi concernées par les nouveaux risques. Nous pourrions donc nous ouvrir à d’autres verticales. Aujourd’hui, nous comptons plus de 200 clients, dont le chiffre d’affaires s’échelonne de 10 millions à près d’un milliard d’euros. Belem leur propose uniquement des contrats sur mesure.
Qu’est-ce qui vous différencie de la concurrence ?
L’IA nous permet d’être très réactifs. Nous sommes capables d’analyser des propositions en quelques heures, là où des acteurs traditionnels mettent plusieurs mois. Certains de ces acteurs sont d’ailleurs encore très peu digitalisés ! Le secteur de la tech a besoin de partenaires capables de leur répondre rapidement. Par ailleurs, notre technicité nous permet d’identifier les failles dans des contrats. 95 % de ceux que nous avons analysés en comportaient, ce qui signifie que les sociétés n’étaient pas suffisamment couvertes par rapport aux spécificités de leur secteur ou celles liées à leur taille. De nouveaux risques émergent, comme les hallucinations liées à l’IA, les cyberattaques ou encore les kidnappings. Nous sommes l’un des rares acteurs capables d’accompagner les entreprises technologiques sur ces enjeux. Belem leur fait réaliser des économies. Nous assurons mieux et moins cher. À ce jour, 100 % des sinistres déclarés ont été indemnisés.
"Nous sommes rentables depuis le premier jour et financés de la plus belle des manières : par nos clients"
Pourquoi ne pas avoir levé de fonds ?
Je suis une fervente partisane du bootstrap. Pour ma précédente société, je n’avais levé que 10 millions d’euros. Avec Belem, nous voulons préserver notre indépendance en nous autofinançant. Nous sommes rentables depuis le premier jour et financés de la plus belle des manières : par nos clients. L’IA nous permet aussi de ne pas lever de fonds, car nous n’avons pas de salariés. Un premier collaborateur pourrait nous rejoindre à la rentrée, mais je suis persuadée qu’il est possible de développer une entreprise valant plusieurs centaines de millions d’euros avec seulement quatre ou cinq personnes. L’IA ne remplace pas l’expertise humaine, elle la démultiplie.
Un an après la création de Belem, deux autres cofondateurs vous ont rejoint. Pourquoi ?
J’ai lancé Belem avec Philippe Mangematin, car je recherchais un spécialiste du secteur de l’assurance. Avec l’IA, les barrières à l’entrée s’avèrent beaucoup plus fines. Nous voyons émerger des concurrents. Nous avons au plus un an et demi pour devenir le leader en France et à l’international. Aux États-Unis, un acteur vient de lever plusieurs centaines de millions d’euros. Matthieu Stefani, qui vient de nous rejoindre, était l’associé idéal, car il est connecté au secteur de l’assurance. Il a lui-même testé Belem qui lui a permis de réaliser des économies. Clémence Lepic apporte, elle aussi, un solide carnet d’adresses. Ceux-ci nous permettent de ne pas recruter de commerciaux ou marketeur.
Pourquoi vous être relancée dans l’entrepreneuriat ?
Pour la liberté que cela procure. Maman de deux enfants en bas âge, je veux pouvoir choisir comment j’organise mes journées et construire un véritable équilibre entre vie professionnelle et vie privée. C’est aussi pour cette raison que je ne souhaite pas faire entrer d’investisseurs à notre capital.
Propos recueillis par Olivia Vignaud