Les pics de température constituent désormais un risque structurel pour la croissance, la productivité et les finances publiques en Europe. Selon une étude récente d’Allianz Trade, leur coût économique pourrait atteindre 5 à 7 % du PIB cumulé d’ici 2030 pour les pays les plus exposés, France et Italie en tête. Un défi de taille, à l’heure ou la réduction du déficit est un enjeu politique et économique majeur.

L’été 2026 est un test grandeur nature pour l’Europe. Les canicules, longtemps perçues comme des aléas ponctuels, deviennent un risque systémique, susceptible de perturber les équilibres macroéconomiques. Le rapport « Too hot to grow » d’Allianz Trade est sans appel : si les cinq années les plus chaudes de la décennie écoulée venaient à se répéter entre 2026 et 2030, les pertes de PIB cumulées pourraient atteindre 240 milliards de dollars pour la France, 354 milliards pour le Japon, et 147 milliards pour l’Italie.

Un scénario qui a de grande chance de se produire. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), 2023 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne mondiale dépassant de 1,45 °C les niveaux préindustriels. Une tendance qui se poursuit en 2024 et 2025, avec des records de chaleur battus en Europe, notamment en France et en Espagne.

Un risque largement sous-estimé

Au-delà de 30°C, chaque degré supplémentaire ampute la productivité horaire de 1,3 dollar (à parité de pouvoir d’achat constante), soit environ 3 % de la production moyenne par heure. Les secteurs les plus exposés comme le BTP, l’agriculture ou la logistique, voient leur activité se contracter, tandis que la demande énergétique bondit de +1,2 % par degré en raison des besoins en climatisation.

Cette stagflation climatique, où inflation et chômage progressent de concert, place les banques centrales face à un dilemme inédit. Le FMI l’a rappelé en avril 2026 : les pays les moins préparés aux chocs climatiques pourraient voir leur dette publique s’alourdir de 20 % d’ici 2030, sous l’effet conjugué des dépenses d’adaptation et des pertes de recettes fiscales.

Pour les acteurs financiers, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord d’évaluer l’exposition des portefeuilles à un risque encore largement sous-estimé. Aujourd’hui, seuls 10 % des coûts liés aux canicules en Europe sont couverts par les assurances, contre plus de 30 % pour les tempêtes, selon l’Agence européenne pour l’environnement.

 Les pays les moins préparés aux chocs climatiques pourraient voir leur dette publique s’alourdir de 20 % d’ici 2030, sous l’effet conjugué des dépenses d’adaptation et des pertes de recettes fiscales

Risque systémique

Les pays les plus exposés doivent anticiper les besoins de financement des États et des entreprises pour s’adapter. Les dépenses publiques liées à la chaleur représentent déjà 1,6 % du PIB en France et jusqu’à 2,2 % en Italie en 2026 selon Allianz Trade, creusant les déficits et réduisant les marges de manœuvre budgétaires. Une pression qui n’est pas sans conséquence :  le gouvernement français peine ainsi à mettre en place un bouclier tarifaire d’envergure face à l’envolée des prix du pétrole alimentée par le conflit iranien.

Faute d’investissements massifs dans l’isolation thermique des bâtiments, les infrastructures et la protection des travailleurs, les dégâts économiques érodent les recettes fiscales, limitant à leur tour la capacité des États à investir pour se protéger. Un cercle vicieux difficile à briser.

Comme le note l’OCDE dans son rapport Financer l’adaptation climatique, publié en 2026, "les mécanismes de financement innovants, comme les obligations résilientes, pourraient jouer un rôle clé dans la mobilisation des capitaux privés en faveur de l’adaptation".

La question n’est plus de savoir si les canicules auront un impact, mais comment les marchés et les Etats vont s’y préparer pour y faire face et tenter d’y remédier. Les outils existent : assurances paramétriques, partenariats public-privé, obligations vertes ciblées, mais le temps presse. Comme le souligne Allianz Trade, "les économies les moins armées pour absorber ces chocs sont aussi celles qui en subissent le plus les conséquences". Aux gouvernements et aux dirigeants d’agir, avant que la facture ne devienne trop lourde.

Tom Laufenburger