Après plusieurs années de préparation, la réforme de la facturation électronique (RFE) entrera en vigueur en septembre prochain. Un bouleversement qui concerne 10 millions d’entreprises françaises. Focus sur les opportunités et les points de vigilance avec Victor Marques, Responsable de marché et développement chez Absys Cyborg.

Décideurs. À l’heure où les entreprises favorisent les économies, la réforme de la facturation électronique peut représenter un véritable levier de croissance. Quels sont ses avantages ?

Victor Marques. La réduction des coûts de traitement, des erreurs comptables, ou encore la simplification des obligations fiscales représentent les avantages les plus évidents. Mais il existe bien d’autres opportunités, à commencer par l’exploitation des données émises quasiment en temps réel. D’un point de vue humain, les métiers de la direction administrative et financière (DAF), qui étaient habitués à saisir et contrôler les flux de façon manuelle, seront alertés automatiquement en cas d’incohérences. L’occasion de gagner en prédictibilité et de piloter la stratégie de l’entreprise grâce à une donnée plus fiable.

Au lancement d’un produit, il sera possible d’analyser rapidement la réponse du marché et, au besoin, de réajuster la démarche commerciale pour une meilleure rentabilité. Cette finance augmentée mérite d’être exploitée au mieux. Dans un contexte tendu sur les plans économique, géopolitique et fiscal, le directeur financier confirme son rôle central dans le pilotage de la stratégie d’entreprise. Les relations client-fournisseur ou la gestion du cash-flow s’en trouvent améliorées. Après une période de mise en conformité, les premières retombées devraient arriver fin 2027.

Une digitalisation plus importante implique également certains risques. Quels sont-ils ?

L’enjeu principal de cette réforme consiste à faciliter la détection de fraudes pour l’administration fiscale. À terme, l’administration disposera des données de TVA presque en temps réel, ce qui permettra d’identifier plus rapidement les anomalies ou les variations anormales. Résultat, le risque d’un contrôle fiscal sera plus important pour les entreprises. En s’équipant au mieux et en ajustant leurs processus, il n’y a pas de crainte à avoir.

Par ailleurs, cette digitalisation ouvre la porte à des politiques plus appropriées. L’ensemble des données traitées par l’administration fiscale – achats et ventes d’un secteur d’activité donné – permettra d’identifier si un marché est en perte de croissance ou en difficulté. Ces données pourront éclairer les décideurs publics dans l’élaboration de politiques économiques plus ciblées, qu’il s’agisse d’adapter des mesures législatives, de soutenir certains secteurs ou d’orienter des dispositifs d’aide. Cette nouvelle masse d’informations économiques pourrait également enrichir les travaux statistiques et les enquêtes de l’INSEE, en contribuant à produire des indicateurs plus précis et plus réactifs sur l’activité économique.

"Au lancement d’un produit, il sera possible d’analyser rapidement la réponse du marché et, au besoin, de réajuster la démarche commerciale"

Autre écueil, le risque de fraude massive est plus important. Si une plateforme agréée subit une cyberattaque, les dégâts peuvent s’avérer considérables. Toutefois, la veille anti-cybercriminalité représente un axe primordial pour ces acteurs. D’autant plus que, même si les arnaques au président inquiètent, il ne faut pas oublier que les fraudes internes sont les plus fréquentes. Enfin, on sous-estime souvent le rôle de la digitalisation dans la protection contre les menaces cyber. Il sera plus facile et rapide de repérer si une livraison a été détournée après une intrusion informatique, par exemple.

Quelles transformations pour les métiers comptables et financiers ?

L’impact générationnel est indéniable. Pour les collaborateurs sortis d’école il y a dix ans, il est normal de travailler à partir de contenus digitaux. Pour ceux en fin de carrière, il est plus difficile d’intégrer les nouvelles technologies à leurs process. Tout est une question d’appropriation des outils et des nouvelles fonctions qui en découlent. À titre d’exemple, certaines sociétés s’attachent à ne pas supprimer de postes et voient l’occasion d’attribuer des tâches complémentaires ou à plus forte valeur ajoutée aux collaborateurs. 

Encore faut-il orchestrer ce mouvement de façon concrète, avec une réorganisation efficace de l’ensemble des services de l’entreprise. Pour la DAF, il s’agira d’optimiser toujours plus le temps de clôture comptable en faisant preuve de plus de prédictibilité. En outre, il faut garder en tête que, comme pour l’intégration de l’IA, la rentabilité de la digitalisation n’est pas immédiatement perceptible.

Les éditeurs de solutions présents sur le marché sont de plus en plus nombreux à proposer des services en lien avec la facturation électronique. Selon vous, est-il indispensable de mettre les anciens logiciels au placard ?

Une solution ne doit être remplacée que si l’interopérabilité et les mises à jour technologiques avancées sont inenvisageables. C’est le cas de certains logiciels internes aux entreprises dont le coût d’actualisation est souvent supérieur à un outil standardisé. De leur côté, les éditeurs historiques doivent veiller à rester interopérables et proposer des fonctionnalités en phase avec les attentes du marché. Les entreprises cherchent à créer de la valeur via leurs systèmes d’information. Il leur faut des outils qui évoluent avec leur temps. Ceux qui n’offrent pas d’automatisation, de fluidité dans les requêtes ou ne sont pas interopérables par des API impliquent un risque de non-conformité.

En tant que membre de la Commission Afnor, je suis l’évolution des réglementations au plus près. Ce rôle consiste à diffuser et à traduire les obligations juridiques et fiscales en exigences techniques pour nos clients. Il implique également de sensibiliser les éditeurs des solutions que nous déployons aux fonctionnalités qu’ils oublient ou qu’ils mettent parfois de côté.