Pour la huitième année consécutive, Euronext dresse le portrait des actionnaires du CAC 40. L’étude confirme la place des grandes dynasties familiales françaises dans l’indice boursier derrière les principaux gestionnaires d’actifs dont la gestion passive connaît une percée notable.

Sur les 2928 milliards d’euros de capitalisation boursière en France en 2024, le CAC 40 en concentre plus de 81 %. Qui détient réellement ces valeurs ? L’étude annuelle publiée par Euronext apporte des éléments de réponse et en identifie 67 %. Le podium est occupé en tête par les gestionnaires d’actifs avec 25% de l’actionnariat identifié, suivis par de grandes familles détentrices de 20,4 % du CAC 40. Loin derrière, les investisseurs occupent la troisième place avec 6,8 % de l’actionnariat. "Ils ont échangé en moyenne 122 millions d’euros par jour en 2025", détaille Mathieu Caron, responsable des marchés primaires d’Euronext.

Les investisseurs particuliers en progression

Parmi les 27 sociétés ayant fourni des informations complémentaires, la part moyenne de l’actionnariat individuel s’établit à 9,4 %. Dans le cas d’Air Liquide, elle dépasse 33 % du capital. La présence des actionnaires individuels au sein du CAC 40 progresse de manière continue depuis 2021, passant de 4,6 % à 6,8 %.

Une évolution à relativiser, car c’est la première année qu’Euronext s’appuie sur une analyse plus approfondie du profil des actionnaires, et 27 sociétés sur 40 ont communiqué ces compléments d’information sur les actionnaires individuels.

Bond de la gestion passive

Avec 25 % de l’actionnariat identifié, les gestionnaires d’actifs constituent la première catégorie de détenteurs du CAC 40.

En hausse de près de quatre points depuis 2012, ce chiffre traduit une mutation de fond : la gestion passive représente désormais plus d’un tiers des encours sur l’indice, après avoir progressé de 18,7 points en douze ans. Une évolution qui s’explique aussi, en partie, par le succès des ETF, souligne Mathieu Caron. Le top 5 reste stable, avec à sa tête BlackRock (2,6 %) et Vanguard (2,5 %), suivis de Capital Group, Fidelity Investments et Amundi, seul acteur français du classement. À eux cinq, ces gestionnaires pèsent 9,2 % de l’indice.

Le repli des valeurs du luxe égratigne l’actionnariat familial

Si la part des familles et fondateurs a reculé de 0,8 point en 2024, l’explication est d’ordre conjoncturel. Les valeurs du luxe, traditionnellement très élevées, ont connu des difficultés en 2024, les performances de L’Oréal ont chuté de 24 % sur l’année, de 13 % pour LVMH. Côté industriel, la valeur du groupe Dassault, où la part de l’actionnariat familial est majoritaire, a également été chahutée en Bourse.

En conséquence, la dépréciation de ces grandes capitalisations à ancrage familial a mécaniquement réduit leur poids dans l’indice, passant de 21,2 % de capitalisation boursière à 20,4 %. Un recul toutefois à nuancer : sur le long terme, la progression reste spectaculaire, avec +10,7 points depuis 2012, soit la plus forte hausse parmi toutes les catégories d’actionnaires. Les cinq premières familles représentent à elles seules 18 % du CAC 40, avec des participations moyennes de 31 % dans quinze sociétés. Un niveau de concentration rarement observé sur les autres indices boursiers européens étudiés par Euronext, précise Mathieu Caron.

Top 10 : la concentration se poursuit

Le top 10 des actionnaires du CAC 40 détenait environ 20  % de l’indice en 2018, contre 30,1  % fin  2024. Cette concentration croissante constitue l’une des tendances les plus marquantes de l’étude. Les familles actionnaires occupent une place prépondérante. Cette année, Hermès passe en première position devant la famille Arnault, avec 6,9 % de l’indice contre 6,6 %, devant les Bettencourt Meyers à 2,7 %. Deux États figurent également dans ce classement, aux côtés des gestionnaires d’actifs américains Vanguard et Blackrock : l’État français détient 2,4 % de l’indice, et le fonds souverain norvégien 1,3 %.

L’État en recul depuis douze ans

À noter, si l’État français pèse 2,4 % du CAC 40, fin 2024, contre 6 % en 2012 – soit un retrait de 3,6 points en douze ans –, il reste néanmoins présent dans près de la moitié des sociétés de l’indice, avec des positions significatives dans des entreprises stratégiques : 27 % du capital d’Engie et une participation récemment acquise dans Bureau Veritas, à la suite de son entrée dans l’indice.

Céline Toni