Passé par de grands cabinets d’avocats et Eurazeo, le directeur général des Établissements Peugeot Frères est un "non familial" à la tête d’une holding familiale. Il revient sur son parcours, son quotidien et les défis qui l’animent.
Nicolas Huet (Établissements Peugeot Frères) : "Nous investissons dans du solide et du durable, conformément à notre raison d’être"
Décideurs. Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?
Nicolas Huet. De 1995 à 2011, j’ai travaillé comme avocat d’affaires dans les cabinets Moquet Borde & Associés et White & Case. Par la suite, j’ai rejoint la société d’investissement cotée Eurazeo où j’ai été en poste durant douze ans comme directeur juridique, puis secrétaire général et membre du directoire. Mon parcours m’a permis de développer un profil juridique et financier. C’est en octobre 2023 que j’ai été nommé directeur général des Établissements Peugeot Frères, qui est la holding du groupe familial Peugeot.
Au quotidien, comment collaborez-vous avec les membres de la famille Peugeot ?
Mon arrivée a eu lieu à un moment charnière : le passage de témoin entre la huitième génération âgée en moyenne d’une soixantaine d’années et la neuvième, plus proche de la trentaine. Ma mission est d’assurer la bonne transmission et faire en sorte que le patrimoine collectif croisse autour d’un projet commun. Les interactions sont quotidiennes avec Frédéric Banzet, président non exécutif, et au moins trimestrielles avec le conseil d’administration et ses douze membres, qui sont tous des familiaux. Une fois par an est organisée une assemblée générale des actionnaires et des événements plus informels avec tous les membres de la famille.
Par ailleurs, nous faisons en sorte que des membres familiaux siègent dans les instances de nos différentes filiales directes ou indirectes aux côtés d’administrateurs indépendants, ce qui représente un groupe d’environ une bonne trentaine de familiaux administrateurs.
Pourquoi la holding n’est-elle pas dirigée par un membre de la famille Peugeot ?
De longue date, la famille Peugeot s’est appuyée sur des professionnels externes pour l’aider à gérer ses actifs, mon prédécesseur est d’ailleurs resté dix-huit ans dans le groupe. Cela permet sûrement de simplifier certaines prises de décisions et… si cela ne se passe pas bien de changer de tête !
"Il y a deux ans, nous avons lancé la poche d’investissement “1st Kind”, résolument tournée vers les nouvelles technologies"
La holding se positionne sur le long terme. Comment cela se passe-t-il au quotidien ?
Nous mettons en œuvre la raison d’être qui guide les Établissements Peugeot Frères pour poursuivre l’histoire entamée en 1810 : "Ensemble, animés par la passion d’entreprendre, nous développons le groupe familial Peugeot sur le temps long, en accompagnant des entreprises responsables devant les défis sociétaux." C’est un grand luxe d’avoir du temps pour investir, non pas pour spéculer, mais pour faire croître et créer de la valeur durable. Je pense, par exemple, aux filiales de Peugeot Frères Industries, dont Tivoly, Julbo, Lafuma Mobilier et bien sûr à Peugeot Saveurs et ses fameux moulins à poivre dont la gamme se renouvelle et se complète grâce à notre manufacture de porcelaine (BCI) installée en Bretagne.
Considérez-vous la tech comme du temps long ? Investissez-vous dans des technologies de rupture?
Bien évidemment ! Il y a deux ans, nous avons lancé la poche d’investissement "1st Kind", résolument tournée vers les nouvelles technologies avec une approche durable. Nous investissons en seed ou en série A sur deux thématiques qui nous sont chères : la transition énergétique et les process industriels, dont la robotique.
Propos recueillis par Lucas Jakubowicz