La Chambre de commerce américaine en France (AmCham) et Bain & Company ont dévoilé la 26e édition de leur baromètre sur le moral des investisseurs américains dans l’Hexagone, principaux pourvoyeurs d’IDE du Vieux Continent. Sans surprise, l’instabilité économique et politique continue de nuire à l’attractivité économique française, même si le pays conserve de solides atouts.  

Boussole de l’attractivité économique française, le baromètre AmCham-Bain & Company dépeint sans surprise une activité désorientée. Réalisée auprès de dirigeants de filiales de groupes américains représentant plus de 150 000 emplois et près de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France, l’étude démontre que 55 % d’entre eux estiment que le contexte économique s’est dégradé en 2025, quand seuls 16 % pensent qu’il a évolué positivement. Une chute de 54 points de pourcentage par rapport à 2022.

Visibilité bouchée

Plus alarmant encore, 17 % des dirigeants interrogés anticipent une amélioration de la conjoncture à moyen terme, contre 41 % qui prévoient une nouvelle détérioration. Des chiffres qui atteignent leur plus bas niveau depuis dix ans. En 2022, 74 % des investisseurs américains avaient une perception positive de la trajectoire économique française.

Plus alarmant encore, 17 % des dirigeants interrogés anticipent une amélioration de la conjoncture à moyen terme

Plusieurs freins sont évoqués pour justifier ce décrochage. Le niveau de fiscalité jugé élevé et peu prévisible, la lourdeur administrative et réglementaire, le coût global de la main-d’œuvre, la rigidité du droit du travail ainsi que l’instabilité politique ou sociale. Des facteurs qui pèsent sur l’image du pays : seuls 30 % des répondants estiment aujourd’hui "bonne" ou "excellente" leur perception de la France, soit un recul de 34 points en quatre ans. Pire, 46 % d’entre eux ne recommanderaient pas la France à une entreprise américaine cherchant à s’implanter à l’étranger.

Come-back de l’Allemagne, concurrence espagnole et italienne

Cinq critères sont particulièrement scrutés par les entreprises lorsqu’elles prennent des décisions d’investissement : le contexte économique, la stabilité politique, la sécurité des biens, le coût et la qualification de la main-d’œuvre. Si la France ne remplit pas une majorité de cases pour certaines structures, les investissements seront réalisés dans d’autres zones géographiques. Eglé de Richemont, directrice générale de l’AmCham, confirme : "La question ne porte pas uniquement sur la réalisation ou non des investissements – même si ces derniers et leurs extensions baissent –, mais aussi sur les localisations vers lesquelles ils se reportent."

46 % des dirigeants interrogés ne recommanderaient pas la France à une entreprise américaine cherchant à s’implanter à l’étranger

La concurrence est rude pour bénéficier du ruissellement de ces prises de participations. En 2025, l’Allemagne fait un retour tonitruant en tant que principal concurrent de l’Hexagone au niveau de la stabilité macroéconomique ou de la qualité de son capital humain. De leur côté, l’Italie et l’Espagne font valoir la qualité de la vie sur leur sol – ou, pour la seconde, l’attractivité de son marché du travail, quand l’Irlande, la Suisse ou le Luxembourg profitent eux de leur dumping fiscal agressif.

Si son nom n’apparaît pas dans l’étude, les conséquences des politiques de Donald Trump et les tensions transatlantiques qu’elles entraînent ont des répercussions négatives pour une majorité des investisseurs sondés. "51 % des dirigeants redoutent notamment des risques inflationnistes ou une résurgence du protectionnisme", selon Marc-André Kamel, Senior Partner chez Bain & Company.

Avantages comparatifs forts

Sur les cinq priorités décrites par les investisseurs américains en 2025, quatre ne figurent pas parmi les atouts français. Pour autant, les qualités du tissu économique se sont consolidées en quinze ans. La situation géographique de la France, la qualité de sa main-d’œuvre, de ses infrastructures ou sa capacité à innover restent des qualités qui attirent les investisseurs. Si un tiers des maisons mères interrogées considèrent que l’évolution du contexte macroéconomique – et notamment les laborieuses négociations autour de l’adoption du budget pour 2026 – a perturbé leurs investissements, elles sont 59 % à rester neutres face à ces éléments.

Pour réenclencher la marche en avant, 90 % des dirigeants interrogés souhaitent voir les autorités françaises engager des réformes structurelles, notamment pour simplifier les procédures administratives et réglementaires ou réduire les charges fiscales et sociales. Seuls 4 % sont confiants quant aux chances de voir ces chantiers aboutir avant les prochaines élections présidentielles de 2027. Malgré ces indicateurs pessimistes, les chiffres de Business France publiés en janvier dernier annonçaient tout de même une hausse de 2 %du nombre de projets d’investissements étrangers en 2025 par rapport à 2024.

Tom Laufenburger