L’essor de l’intelligence artificielle s’explique principalement par son efficacité. Son usage tend à devenir une norme dans de nombreux secteurs, et ce, malgré sa volatilité et les incertitudes qu’elle suscite. L’IA connaît une croissance fulgurante, laissant entrevoir un avenir prometteur. Pourtant, la dimension humaine reste au centre de toute transaction financière : gage d’un avenir intrinsèquement lié à l’usage de cet outil.
L’IA peut-elle remplacer la finance ?
Depuis de nombreuses années, l’intelligence artificielle s’est progressivement intégrée aux pratiques financières. Perçue, en amont, comme une technologie futuriste ou strictement réservée à quelques grandes institutions, elle est aujourd’hui utilisée couramment dans de nombreux secteurs. Cette évolution marque un tournant décisif pour l’avenir de certains postes dits " remplaçables " par l’intelligence artificielle.
Un outil efficace mais…
Selon une étude publiée récemment par l’Autorité des marchés financiers (AMF), 90 % des acteurs interrogés utilisent déjà des outils reposant sur l’IA ou prévoient de le faire à court terme. Pour certains, cet outil révolutionnaire améliore l’efficacité de certaines tâches et génère un véritable gain de temps ; pour d’autres, il s’agit d’un outil qui porte atteinte à la sérénité de certains postes en finance. Par ailleurs, une étude réalisée par Morgan Stanley estime que près de 200 000 emplois seraient menacés en Europe d’ici 2030 : en pourcentage, ce chiffre représente 10 % des emplois du secteur bancaire européen.
"L’objectif principal est avant tout le gain de temps et la fiabilisation des processus financiers"
En pratique, l’IA est surtout mobilisée pour traiter des volumes importants de données et automatiser des tâches répétitives. Parmi ces missions, on retrouve la détection d’anomalies, la surveillance des transactions, la vérification des conformités et la gestion des risques. L’objectif principal est avant tout le gain de temps et la fiabilisation des processus financiers : des tâches réalisées efficacement avec une intervention humaine limitée.
Une adoption prudente
Cette évolution ne concerne pas uniquement la France. Plusieurs institutions européennes et internationales constatent la même tendance. La Banque des règlements internationaux souligne notamment que les acteurs financiers s’appuient de plus en plus sur des modèles algorithmiques afin d’analyser les marchés ou anticiper certains risques, sans pour autant déléguer totalement la prise de décision, qui reste fondamentalement humaine.
Un constat comparable a été dressé par l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui relève l’usage croissant de l’IA dans la gestion d’actifs et le trading. L’IA est utilisée pour affiner les modèles, suivre les comportements de marché ou repérer plus rapidement des signaux faibles, afin d’éviter des pertes colossales. Pour autant, son adoption reste strictement encadrée. Plusieurs acteurs du secteur reconnaissent que l’IA peut devenir un outil sensible s’il est mal supervisé, comme l’illustre le scandale Deloitte en 2025 : des références fictives générées par une IA ont été intégrées dans un rapport remis au gouvernement australien. Un exemple qui démontre les risques associés à une utilisation insuffisamment contrôlée.
Un outil incertain dans un marché instable
L’incertitude liée à l’usage de l’IA donne lieu à une vague de prudence au sein de diverses enseignes d’audit et de banques d’affaires, qui encadrent dorénavant les politiques internes en matière d’IA. Cette situation alarmante met en évidence la nécessité d’une intervention humaine : un véritable "wake up call " face à l’usage croissant d’un outil encore incertain dans un contexte de marché instable.
"La quasi-totalité des entités déclarent avoir intégré une approche dite d’humain dans la boucle "
D’après l’AMF, si les usages sont multiples, ils demeurent majoritairement cantonnés à des fonctions internes à faible impact décisionnel (un constat partagé par 63 % des sociétés sollicitées) en raison des risques identifiés : les acteurs interrogés citent souvent les enjeux de gouvernance et de protection de données confidentielles. Ainsi, la quasi-totalité des entités déclarent avoir intégré une approche dite d’" humain dans la boucle " (Human in the Loop : HITL) consistant à faire valider les résultats produits par les algorithmes avant leur intégration dans les processus décisionnels.
Une transformation des métiers plutôt qu’une disparition
Dans ce contexte, la question n’est sans doute pas de savoir si la finance sera remplacée par l’IA, mais plutôt de comprendre comment les métiers vont évoluer avec elle. Si certaines estimations, dont celles de Morgan Stanley, évoquent jusqu’à 200 000 emplois potentiellement menacés, la réalité observée par les régulateurs est plus nuancée. Ainsi, les banques, les sociétés de gestion et les cabinets de conseil continuent de considérer le jugement humain, l’expérience et la responsabilité comme des éléments non substituables par l’IA.
L’AMF rappelle que la responsabilité finale des décisions et des contenus produits incombe toujours aux acteurs financiers, indépendamment du recours à des outils d’IA. Cette position illustre l’état actuel du marché : l’intelligence artificielle s’impose comme un puissant levier d’optimisation, mais son usage doit demeurer strictement encadré. Dès lors, la vraie question ne porte pas tant sur le remplacement de la finance par l’IA, mais plutôt sur la capacité des métiers à s’adapter au rythme de l’évolution de cet outil.
Salma Trafi