Le 20 janvier 2025, Donald Trump prenait ses quartiers à la Maison Blanche pour la deuxième fois, sur la base d’un programme qui ne faisait pas mystère de son hostilité envers une grande partie des alliés des États-Unis. À neuf mois d’élections de mi-mandat déterminantes, éclairage sur les conséquences économiques de cette première année pour les marchés américains et européens, entre interventionnisme géopolitique et droits de douanes en pagailles. 

Chaque année, il semble devenir habituel de se souhaiter bien du courage face à un avenir anxiogène empli de crises environnementales, de guerres ou de pandémies. C’est un euphémisme de mentionner que le début du deuxième mandat de Donald Trump a ajouté une dose significative de tensions à un horizon qui n’en demandait pas tant. La situation économique ne déroge pas à cette tendance. Elle suscite régulièrement plusieurs interprétations, entre effets d’annonces provenant de Washington et réalités des marchés.

En 2025, la croissance américaine s’est établie entre 1,8 et 2,2 %, selon les différentes analyses. Une baisse d’environ 1 % par rapport à l’année 2024, mais qui reste tout de même dans la moyenne annuelle des 2,3 % de croissance qu’enregistrent les États-Unis depuis dix ans. De son côté, l’Union européenne affiche une moyenne de 1,6 % sur la même période, selon Trading Economics. Des chiffres honorables pour Donald Trump, qui semble avoir bénéficié d’un contexte macroéconomique favorable.

L’IA, cadeau du ciel

La technologie est au cœur de toutes les attentions outre-Atlantique, berceau de son essor. Au lendemain de son investiture, le président américain dévoilait Stragate, un plan d’investissement à hauteur de 500 milliards de dollars. Soutenu par Oracle, OpenAI et SoftBank, il est destiné à bâtir les centres de données géants de la future génération d’IA. Une stratégie payante, selon Maxime Darmet, senior économiste chez Allianz Trade : "La croissance américaine est tirée à 40 % par celui du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui englobe tous les composants nécessaires au déploiement de l’IA, comme les semi-conducteurs et les services de logiciels." Si Donald Trump n’est pas à l’origine du raz-de-marée engendré par l’IA, son bilan économique peut le remercier. 

"La croissance américaine est tirée à 40 % par celui du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui englobe tous les composants nécessaires au déploiement de l’IA", selon Maxime Darmet, senior économiste chez Allianz Trade

L’économiste argumente que "les investissements des acteurs des TIC ont augmenté de 14 % en 2025, quand ceux de la somme des autres secteurs ont diminué de 3 %. Des chiffres dignes d’une économie en récession." En plus de remplir les poches des investisseurs sur les marchés boursiers, la bulle financière qui entoure l’IA permet à toute une économie de limiter la casse.

La chimère des droits de douane

Le Liberation Day proclamé le 2 avril 2025 a entraîné une grande incertitude macroéconomique, qui transparaît notamment dans la réduction des marges, qui contracte l’investissement, mais aussi dans le gel des embauches. En 2025, la création nette d’emploi est proche du néant aux États-Unis. Si le taux de chômage s’est stabilisé entre 4,2 et 4,4 % selon Trading Economics, c’est uniquement parce que les licenciements n’ont pas explosé. Le secteur des TIC, qui tire la croissance, n’a pas le même effet sur le marché de l’emploi. Depuis plusieurs mois, les mastodontes de la tech ont tendance à privilégier le licenciement plutôt que le recrutement.

La situation pourrait-elle s’envenimer en 2026 ? Maxime Darmet en fait le pari : "Avec la politique migratoire de Donald Trump, les flux de travailleurs étrangers se sont fortement taris. En 2026, l’économie américaine pourrait connaître davantage de pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs sous tension comme l’hôtellerie-restauration ou le bâtiment, sans toutefois peser sur la croissance de l’activité globale."

Environ 20 % des effectifs de l'administration américaine, hors défense et sécurité, ont été supprimés en 2025 par l'action du DOGE. Une purge qui pourrait avoir de multiples conséquences, notamment pour la collecte des impôts

Concernant l’emploi, l’économiste met l’accent sur un dernier point. Le Département de l’Efficacité Gouvernementale (DOGE), dirigé par Elon Musk lors de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, a procédé à de nombreux licenciements dans l’administration publique. Environ 20 % des effectifs ont été supprimés en 2025, hors défense et sécurité. Une purge qui pourrait avoir de multiples conséquences, notamment pour la collecte des impôts. "Le service public aux États-Unis n’est pas aussi fourni qu’en France. De telles suppressions pourraient perturber la levée des impôts et diminuer les recettes fiscales de l’administration publique à court ou moyen terme, ce qui pénaliserait sa capacité d’investissement.", selon l'économiste. Cher payé pour un département qui n’avait réalisé que 175 milliards de dollars d’économie fin juillet 2025, loin des 1000 milliards annoncés.

Retour de bâton

Les droits de douane imposés par l’ancien présentateur de téléréalité ont eu des conséquences plus que mitigées. La production d’acier a par exemple connu une hausse de 12 % sur un an en novembre 2025, quand celle équipements informatiques a crû de 19 %, selon les chiffres d’Allianz Trade. D’autres secteurs, certes protégés, subissent aussi la flambée du prix des pièces nécessaires à la production, conséquence des mécanismes protectionnistes. Toujours selon la même source, l’activité industrielle de l’automobile, si chère à Donald Trump, a chuté de 5,6 %, et celle de l’aluminium de 3,6 %.

Les droits de douanes ont accentué le fossé qui crée une économie à deux vitesses, marqué par des inégalités prononcées entre les 30 % qui profitent des envolées boursières et les 30 % les plus pauvres de la population qui souffrent graduellement

La crise du pouvoir d’achat est aussi un caillou dans la chaussure du 45e président américain. Ses droits de douanes ont accentué le fossé qui crée une économie à deux vitesses, marqué par des inégalités prononcées entre les 30 % qui profitent des envolées boursières et les 30 % les plus pauvres de la population qui souffrent graduellement. En réponse à ce phénomène, Donald Trump a annoncé en novembre 2025 sa décision de retirer certains produits qui ne sont pas fabriqués en quantité suffisante sur le territoire américain. Sont concernés les tomates, les bananes, les avocats ou le café, dont les prix avaient grimpé de 19 % en un an. Preuve que la mise en place de tarifs tous azimuts ne peut être une solution viable.

Pour l’UE, l’instant de vérité

Avec le second mandat de Donald Trump, l’UE semble être entrée dans un moment charnière qui décidera si l’union sera vassalisée ou non par les grandes puissances américaines ou chinoises. L’impérialisme dont fait preuve l’homme à la chevelure blonde envers le Groenland ou le Venezuela en est un paramètre clé, la résilience de l’économie européenne en est un autre. "Les flux commerciaux ne se sont pas taris en 2025 entre l’UE et les États-Unis, mais ce sera le cas en 2026. Le Vieux Continent fait face à un double choc de compétitivité, entre appréciation de sa monnaie et concurrence accrue des produits chinois qui se déversent beaucoup moins aux États-Unis", affirme Maxime Darmet.

L’Union européenne semble être entrée dans un moment charnière qui décidera si elle sera vassalisée ou non par les grandes puissances américaines ou chinoises

Le taux de change euro/dollar était de l’ordre de 1,04 au 20 janvier 2025, il est aujourd’hui de 1,16. Si cette conversion a de quoi ravir les touristes européens, ce n’est pas le cas des entreprises exportatrices, dont les prix sont donc plus élevés outre-Atlantique. Des pays exportateurs comme l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas en pâtissent particulièrement et doivent trouver de nouveaux débouchés ou moteurs de croissance pour affronter ce nouveau paradigme.

Enfin, face à l’arrivée massive des produits chinois, devenus trop cher outre-Atlantique, l’Europe se retrouve aux prises avec ces produits à faibles coûts qui lui opposent une concurrence agressive. Acculée, l’UE se doit de réagir, sous peine que son sort ne soit décidé par d’autres dans cette guerre commerciale latente.

Retour d’une inflation galopante en 2026 ?

Selon les différentes estimations, la nouvelle année qui s’ouvre sera celle de l’accélération économique aux États-Unis. Le PIB américain devrait augmenter de 2,1 à 2,5 %, quand celui de l’UE frôlerait les 2 %. Pour Maxime Darmet, "Donald Trump va mener des politiques plus expansionnistes, et son fameux “One Big Beautiful Bill” commencera à faire effet." Ce plan prévoit un investissement de 400 milliards de dollars, notamment 150 milliards pour la défense, une campagne d’expulsion massive de migrants, mais aussi des réductions d’impôts qui pourraient entraîner 4500 milliards de dollars de pertes de recettes pour l’administration.

Le Congressional Budget Office (CBO), l’antenne de conseil au budget du Sénat, estime que ce plan pourrait ajouter 3400 milliards de dollars à la dette du pays. Pour y remédier, le gouvernement prévoit de couper les plans d’aides alimentaires ou à l’assurance santé. Une mesure qui priverait 17 millions d’Américains de couverture médicale, en plus de creuser le fossé des inégalités qui gangrène les États-Unis.

La croissance outre-Atlantique devrait aussi bénéficier de la baisse des taux de la Réserve fédérale (FED). L’institution contre laquelle Trump est en guerre depuis sa campagne électorale et dont il qualifie le directeur "d’imbécile" devrait poursuivre sa politique entamée à la fin 2025. Rassuré par une inflation qui resterait stable en 2026 – aux alentours de 2,5 % selon Natixis IM, contre 2,7 % l’année précédente –, le gendarme monétaire pourrait relancer un marché de l’immobilier grippé par des taux d’emprunts élevés. Dans son sillage, la Banque centrale européenne serait aussi susceptible d’abaisser les siens, ce qui faciliterait l’investissement sur le Vieux Continent. Un scénario qui favoriserait le bilan économique du président américain à court terme. Cependant, entre un potentiel éclatement de la bulle de l’IA, un impérialisme de plus en plus débridé ou de futurs coups de sang, il est probable qu’une partie de ces pronostics soit invalidée par une campagne des mid-terms qui promet d’être incandescente.

Tom Laufenburger