Pour continuer à croître sur un marché mature, les banques européennes essaient d’acquérir leurs concurrentes. Mais les pouvoirs publics veillent et ne valident pas toutes les opérations. L’année 2025 est révélatrice.
En Europe, le secteur bancaire se structure
Dans un secteur mature comme la banque européenne, la meilleure manière de grandir est de mettre en place des économies d’échelle, des synergies opérationnelles et de conquérir de nouveaux clients à l’étranger. Voilà pourquoi l’année 2025 a été marquée par de nombreuses opérations impliquant des établissements du Vieux Continent.
Groupe BPCE à l’assaut du Portugal
L’internationalisation, condition sine qua non de la croissance ? Ce n’est pas le Groupe BPCE qui dira le contraire. Son plan "Vision 2030" a érigé en priorité absolue le développement en dehors des frontières de l’Hexagone. Restait à trouver la cible idéale.
Le français a finalement jeté son dévolu sur le portugais Novo Banco. La quatrième banque lusitanienne compte 1,7 million de clients particuliers et possède 9 % du marché. Elle se targue d’avoir 14 % des parts de marché chez les entreprises et de gérer un portefeuille de 17 milliards d’euros de prêts aux sociétés. Son maillage territorial repose sur 4 200 collaborateurs répartis dans près de 300 agences.
L’opération d’un montant de 8 milliards d’euros s’est effectuée en deux étapes : l’acquisition de 75 % du capital auprès de Lone Star Fund en août, puis la prise de contrôle des 25 % restants auprès de l’État portugais le 29 octobre. Elle devrait être pleinement finalisée au premier semestre 2026.
Le Crédit Mutuel se germanise
Un autre français s’est illustré par une stratégie offensive : le Crédit Mutuel. Le strasbourgeois a mis la main sur l’allemand Oldenburgische Landesbank (OLB) via sa filiale Targobank. Bien qu’aucun montant n’ait été rendu public, la somme déboursée devrait avoisiner les 2 milliards d’euros. Une offre jugée suffisante par les actionnaires - les fonds d’investissement américains Apollo, Grovepoint et TRS-, lesquels envisageaient une introduction en Bourse. OLB, fondée en 1869, compte un million de clients, 34 milliards d’actifs et demeure très présente auprès des PME. Elle envisage désormais d’accélérer sur les crédits immobiliers aux particuliers.
L’Autriche repart à la conquête de l’Est…
Pour une banque, le pays le plus attractif d’Europe est la Pologne. Stratégiquement, il devient indispensable de s’y implanter, même si le coût d’arrivée sur le marché peut paraître élevé. Ce n’est pas Erste Bank qui dira le contraire. En septembre, l’autrichien a mis 7 milliards d’euros sur la table pour contrôler 49 % du capital de Santander Pologne. Bien que le groupe dirigé par Peter Bosek n’ait pas acquis la majorité des parts, il devient actionnaire de référence, ce qui lui confère des droits importants, tels que la nomination des nouveaux membres du conseil d’administration.
Les pouvoirs publics vigilants
Si les opérations de croissance externes sont vitales pour le secteur bancaire, les pouvoirs publics veillent. Qu’ils agissent au niveau national ou européen, ils ont opposé leur veto à plusieurs opérations.
Ainsi, le gouvernement espagnol a imposé des conditions très restrictives à l’OPA de BBVA sur Sabadell. À l’échelle de l’Union européenne, la Commission oscille entre le sacro-saint principe de libre circulation des capitaux et le libre choix des consommateurs. Pour le moment, la situation est au point mort.
Les gouvernements nationaux sont plus réticents que l’Union européenne à valider les opérations
De même en Italie, le deal de l’année est également suspendu. UniCredit ne peut toujours pas ajouter à son portefeuille Banco BPM pour environ 10 milliards d’euros. Là aussi, le gouvernement italien a utilisé son "golden power" pour imposer des conditions si strictes qu’elles ont découragé l’acquéreur qui a officiellement renoncé en juillet. Mais les jeux ne sont pas faits puisque, il y a quelques jours, l’UE a lancé une procédure d’infraction contre l’État italien pour usage disproportionné de son "golden power". Les chances de succès de l’opération sont estimées à 20 % par Andrea Orcel, directeur général d’UniCredit.
Ce n’est que le début !
Cette frénésie d’achat n’est pas qu’une tendance annuelle, elle devrait se prolonger en 2026. Les connaisseurs du secteur suivront notamment le belge KBC, son président Johan Thijs ayant déclaré qu’il se préparait à de grandes manœuvres en Europe de l’Est, notamment en Roumanie. Autre OPA qui devrait parler : l’italien Banco Montepio est dans le viseur de Banca Monte dei Paschi di Siena pour un montant de 15,6 milliards d’euros. Grossir à tout prix pour maintenir sa croissance et son indépendance ? Un nouveau défi pour l’établissement de Sienne qui a la particularité d’être la plus ancienne banque en activité, puisqu’elle est active depuis 1472.
Lucas Jakubowicz