Rien n’est encore fait, mais les obstacles sont levés peu à peu. L’Union Pacific devrait officiellement racheter Norfolk Southern. À la clé ? Une opération à plus de 85 milliards de dollars et la naissance d’un géant du fret ferroviaire.

L’annonce est tombée en plein cœur de l’été. Union Pacific a officialisé son intention d’acquérir son concurrent Norfolk Southern pour 85 milliards de dollars, soit l’un des montants les plus élevés de l’histoire du M&A. Union Pacific exploite environ 52 000 kilomètres de chemins de fer aux États-Unis et compte 34 000 salariés. Sa "cible", quant à elle, possède 34 000 kilomètres dans le sud et l’est du pays et emploie 21 000 collaborateurs.

L’opération donnerait naissance à un réseau transcontinental unique reliant l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. La nouvelle structure contribuerait à diminuer le temps de transit et à accroître la compétitivité du fret ferroviaire. Elle permettrait à la nouvelle entité de distancer largement ses deux principaux concurrents que sont CSX mais surtout BNSF, propriété de Berkshire Hathaway, le conglomérat de Warren Buffet. De quoi, estiment certains, porter atteinte au sacro-saint principe de concurrence libre et non faussée.

Des procureurs généraux s’inquiètent

La manœuvre semble inquiéter une partie des élus locaux. Ainsi, les procureurs généraux de l’Ohio, de la Floride, du Dakota du Nord, du Dakota du Sud, du Mississippi, du Montana et de l’Iowa ont alerté sur le risque de quasi-monopole qui pourrait "anéantir la capacité des entreprises américaines à rivaliser avec les fabricants étrangers".

De même, dans une lettre adressée au Surface Transportation Board - STB -, leurs homologues du Kansas et du Tennessee ont partagé leur crainte d’une "concentration excessive du marché qui étouffe la concurrence et entraîne une hausse des prix, une baisse de la fiabilité et une diminution de l’innovation, aux dépens des fabricants et des consommateurs américains".

Syndicats, actionnaires et Maison-Blanche approuvent

Au sommet de l’État, le son de cloche est différent. À la suite de sa rencontre avec Jim Vena, président d’Union Pacific, Donald Trump a approuvé l’opération en estimant que les États-Unis avaient  "besoin de meilleures infrastructures, et le rail est une composante essentielle".

Donald Trump a approuvé l’opération en estimant que les États-Unis avaient  "besoin de meilleures infrastructures, et le rail est une composante essentielle".

Plus surprenant, Smart-TD, principal syndicat ferroviaire américain, a déclaré quelques jours plus tard qu’il donnait son accord : "Depuis des générations, les cheminots s’inquiètent de l’impact des fusions sur leurs emplois. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec confiance que la plus grande compagnie ferroviaire et le plus grand syndicat ferroviaire d’Amérique ouvrent une nouvelle voie", a estimé son président Jeremy Ferguson dans un communiqué de presse.

Autre bonne nouvelle, le 14 novembre, 99 % des actionnaires de Norfolk Southern ont validé l’opération qui prévoit que chaque action Norfolk Southern sera échangée contre une action Union Pacific et 88,88 dollars.

C’est toutefois le Surface Transportation Board qui aura le dernier mot. Sa décision est attendue pour fin 2026, voire début 2027. Mais les bons connaisseurs du dossier se montrent optimistes.

Lucas Jakubowicz