Béatrice Cossa-Dumurgier est directrice générale pour l’Europe de l’Ouest chez Revolut depuis mai 2025. Alors que la fintech, fondée à Londres en 2015 a choisi Paris comme quartier général de cette zone géographique, sa dirigeante revient sur les réussites et les ambitions d’une banque en pleine expansion qui n’en finit plus de séduire de nouveaux utilisateurs.

Décideurs. Revolut revendique aujourd’hui 65 millions de clients à travers le monde. Quelles ambitions poursuivez-vous à court et moyen terme ?

Béatrice Cossa-Dumurgier. Aujourd’hui, Revolut gagne un million d’abonnés dans le monde tous les dix-sept jours. Nous espérons franchir la barre des 70 millions de clients à la fin de l’année 2025. Pour soutenir cette ambition, nous ouvrons, cette année, un deuxième hub européen à Paris avec pour objectif de couvrir toute l’Europe de l’ouest et notamment l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande.

Pourquoi avoir choisi Paris comme second poumon du développement de Revolut ?

Avec six millions de clients dans l’Hexagone et bientôt 7 millions, la France est notre second marché après le Royaume-Uni. C’est aussi le pays où notre croissance est la plus rapide au monde, ce qui rend ainsi tout naturel de se tourner vers Paris afin de nous rapprocher de nos utilisateurs mais aussi des régulateurs qui ont une place très importante dans le secteur bancaire. Dans la lignée de cette décision, nous allons densifier les équipes en recrutant 400 nouveaux collaborateurs pour atteindre un effectif de 1 500 personnes en Europe de l’ouest.

Nous cherchons à croître à la fois en volume avec 100 millions de clients à horizon 2027, mais aussi en valeur, en capitalisant sur la profondeur du marché européen qui conserve un formidable potentiel.

Cette volonté de croissance en valeur explique-t-elle les discussions que vous menez actuellement avec les autorités françaises et la Banque centrale européenne pour obtenir un second agrément bancaire ?

Nous opérons d’ores et déjà dans l'ensemble de l'Espace économique européen avec une licence bancaire complète et nous disposons de neuf succursales à travers le Vieux Continent qui nous permettent de fournir de nombreux services à nos clients. Ce nouvel agrément, pour lequel nous sommes en discussion avec l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et la BCE, nous permettra de compléter notre offre de produits, notamment avec des crédits immobiliers.

"Notre mission est de simplifier tout ce qui touche à l'argent, donc nous allons continuer à bâtir des produits bancaires simples, innovants et accessibles pour tous"

Aujourd‘hui, 50 % de notre clientèle a moins de 35 ans. En densifiant notre proposition de services, nous élargissons notre offre à l'ensemble des segments de clientèle, qu’il s’agisse des particuliers ou des entreprises. Notre mission est de simplifier tout ce qui touche à l'argent, donc nous allons continuer à bâtir des produits bancaires simples, innovants et accessibles pour tous. Dans cette logique, nous allons progressivement proposer des crédits d’abord aux PME puis aux ETI, avant de proposer une offre de banque privée pour des clients plus fortunés afin de monter en gamme.

La France est traversée par une sérieuse crise politique depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, pourtant vous maintenez votre volonté d’ancrer votre développement dans l’Hexagone. C’est un symbole fort pour l’économie française…

Revolut a choisi la France pour son attractivité, son réservoir de talents et son cadre réglementaire. Notre pays peut être fier de pouvoir capitaliser sur ces trois aspects fondamentaux. À titre personnel, je peux regretter l’instabilité politique dont pâtit le territoire mais Revolut n’est absolument pas tributaire de ces chocs exogènes. Notre stratégie d’investissement n’est pas remise en cause.

Qu’est ce qui rend votre business model si résilient à l’heure ou d’autres fintech éprouvent des difficultés et n’ont d’autres recours que d’opter pour la consolidation afin de survivre ?

En 2024, Revolut a publié les meilleurs résultats financiers de son histoire avec 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 1,2 milliard de bénéfice net. La solidité de ces résultats s’explique par la diversification de notre offre. Aucun produit ne représente plus de 30 % de notre activité, et aucune région n’engrange plus de 30 % de nos revenus. Cette diversité fait notre force et nous rend très peu dépendants des aléas économiques ou politiques. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas besoin de réaliser d’acquisitions pour nous développer. Notre croissance organique suffit et parle pour elle-même. Notre ambition est de toujours chercher à simplifier et rendre innovant tout ce qui touche à l’argent.

Propos recueillis par Tom Laufenburger