Si les guerres, les tensions diplomatiques et les bouleversements géopolitiques pénalisent la croissance, les crises financières font encore plus de ravages. Le pire scénario ? Une conjonction des deux facteurs.
Les tensions internationales pèsent-elles vraiment sur la croissance mondiale ?
Guerre en Ukraine, conflit à Gaza, frappes sur l’Iran faisant peser un risque sur le commerce maritime : le contexte international est incertain. Mais a-t-il vraiment un impact sur la croissance mondiale ?
Les bouleversements… bouleversent la croissance
La banque mondiale publie chaque année la croissance du PIB de la planète depuis 1961, ce qui permet d’avoir une vue d’ensemble. Verdict ? Oui, l’incertitude géopolitique nuit à l’économie. Le début des années soixante-dix fut une année faste, la dernière ligne droite des fameuses Trente Glorieuses. En 1972 et 1973, l’évolution du PIB mondial était de 5,6 % et 6,4 %. Puis, patatras, la crise pétrolière engendrée par la guerre du Kippour a enrayé la machine avec l’annus horribilis 1975 où l’économie mondiale a frôlé la récession (+0,6 % de croissance seulement).
Le lien de causalité entre économie qui tousse et contexte géopolitique difficile se retrouve une décennie plus tard. Au milieu des années 1980, l’économie boostée par le début de la mondialisation et le libéralisme reaganien se porte bien avec un pic de 4,9 % en 1988. Puis l’empire soviétique s’effondre. Sur les ruines, des questions se posent : quel futur pour la Russie et les nouveaux États indépendants ? Quelle intégration pour l’Allemagne de l’Est ? Si certains, comme Francis Fukuyama, se réjouissent de la "fin de l’Histoire" et d’un monde en paix, le flou et le sang sont au rendez-vous avec les guerres d’ex-Yougoslavie ou encore la guerre du Golfe. Encore une fois, l’économie en proie à l’incertitude tousse : 1,2 % de croissance en 1991, 2 % en 1992, 1,8 % en 1993…
En 2000, la vie est belle, la nouvelle économie prend son envol. Puis arrivent le 11 septembre, les guerres en Afghanistan et en Irak. Et la croissance mondiale en pâtit : 4,5 % en 2000, 2 % en 2001, 2,3% en 2002.
Enfin, en 2021, la surchauffe post-covid a fait flamber le taux de croissance mondial à +6,4 %. Puis survint l’invasion de l’Ukraine et le 7 octobre. Le cocktail fait s’écrouler la reprise avec une croissance en berne : 3,1 % en 2022, puis 2,9 % en 2023 et 2024. La guerre commerciale lancée par Donald Trump ne devrait pas accélérer la croissance à court terme. Il existe donc un lien de causalité entre économie mondiale en berne et contexte international.
Si, entre 2000 et 2001, la croissance a été divisée par deux, le 11 septembre et ses retombées sont un indicateur parmi d’autres. L’éclatement de la bulle internet est principalement à l’origine d’un dynamisme en berne
Le contexte international n’est pas coupable de tout !
Cependant, la géopolitique n’est pas le seul facteur à agir. Les crises économiques et financières sont "pires". En 1982, le monde passe près de la récession avec un taux de croissance de 0,4 % lié à la crise de la dette des pays en voie de développement. La faible croissance du début des années 1990 s’explique par la chute du bloc soviétique, mais aussi par la crise du système monétaire européen.
Si, entre 2000 et 2001, la croissance a été divisée par deux, le 11 septembre et ses retombées sont un indicateur parmi d’autres. L’éclatement de la bulle internet est principalement à l’origine d’un dynamisme en berne.
En 2009, le monde est entré en récession (-1,9 %). Le bruit des tanks, des fusils et des avions n’y est pour rien. Le coupable ? La crise des subprimes.
Les dirigeants ont raison d’avoir les yeux rivés sur les relations internationales. Mais elles ne sont pas la cause unique d’une mauvaise conjoncture. À l’échelle de la planète, les crises financières font plus de ravage. Au niveau national, l’instabilité politique est la troisième lame qui contribue à faucher la croissance.
Lucas Jakubowicz