Le marché secondaire a de beaux jours devant lui. En 2025, le segment se démarque dans la mer d’huile du private equity français. D’après l’étude publiée par l’agent de placements, Jasmin Capital, les fonds secondaires ont collecté près de 110 milliards de dollars en 2024. Un marché qui devrait doubler d’ici 2030.
Private equity : le marché secondaire en pleine expansion d’ici 2030
Alors que les actifs restent confinés dans les portefeuilles des fonds et que les IPO se font rares, le marché secondaire, lui, se porte comme un charme. L’index annuel publié par Jasmin capital, réalisé auprès de 200 contributeurs représentant plus de 17 milliards d’actifs sous gestion, anticipe même un doublement de la taille de ce segment d’ici à 2030. Le marché secondaire pourrait atteindre les 380 milliards d’euros. Dès 2025, un nouveau cap devrait même être franchi avec 166 milliards de dollars de transactions attendues, selon l’index de Jasmin Capital. C’est plus de 10 % de croissance par rapport à 2024. Les fonds de 2e génération, longtemps considérés comme des soupapes de sécurité, sont devenus un pilier à part entière du private equity, en réponse aux turbulences du capital-investissement ces deux dernières années.
"20 % des LPs interrogés dans le cadre de notre étude citent encore la génération de liquidité comme principale motivation pour se tourner vers le marché secondaire", souligne Gilles Morel, partner de Jasmin Capital
LPs impatients recherchent liquidité absente
"Après deux ans de forte baisse, les distributions sont reparties légèrement à la hausse mais restent sur un niveau de bas de cycle, notamment sur le large-cap. Ainsi, 20 % des LPs interrogés dans le cadre de notre étude citent encore la génération de liquidité comme principale motivation pour se tourner vers le marché secondaire", souligne Gilles Morel, partner de Jasmin Capital. Entre des distributions rares et un marché du M&A frileux, les LPs recherchent des solutions concrètes de création de valeur. Les fonds de buy-out dominent largement avec 75 % du volume des transactions LPs-led sur le marché secondaire en 2025. Le capital-risque, en léger recul par rapport à 2024, représente environ 8 % des volumes du marché secondaire, bien que 33 % des répondants aient indiqué envisager la cession de ces actifs en invoquant des distributions limitées. Les fonds d’infrastructure et de dette privée, quant à eux, gagnent du terrain. L’étude montre en revanche qu’en dehors de la recherche de liquidité, invoquée par 20 % des sondés pour expliquer leur recours au marché secondaire, c’est la gestion active de leur portefeuille qui les pousse vers ce segment. Une stratégie de pilotage qui comprend la "réallocation par stratégie d'investissement ou géographie, ou encore la rationalisation du nombre de relations GPs. Cette tendance est confirmée par 53 % des LPs", détaille Gilles Morel.
Retour en force des buy-out de taille intermédiaire
À l’achat, les fonds de buy-out du mid et du small market sont les classes d’actifs les plus recherchées. Avec respectivement 69 et 53 % d’intérêt manifeste de la part des acheteurs secondaires. Confirmant la résilience des actifs de taille intermédiaires, plus liquides, par rapport au large cap, ou aux fonds d’infrastructures. Quant à l’âge et aux prix des véhicules, "les fonds les plus recherchés – souvent des millésimes 2022 et 2023 des meilleurs gérants buy-out mid-market – se négocient même sans décote, voire avec une prime", explique Gilles Morel. Les prix continuent de progresser en 2024, atteignant 89,8 % de la NAV pour les fonds buy-out large-cap, contre 88,4 % et 86,8 % respectivement pour les segments small et mid-cap.
En 2025, plus d’un GPs sur deux envisage de recourir au marché secondaire
Les fonds de continuation s’ancrent dans les stratégies des GPs
En 2025, plus d’un GPs sur deux envisage de recourir au marché secondaire avec une préférence pour les véhicules de continuation mono-actif (28 %) et multi asset (23 %). Une prolongation de détention d’actifs motivée pour 35 % des GPs par leur volonté de faire remonter des liquidités aux LPs. Pour 20 % des gestionnaires de fonds, c’est la nécessité de garder en portefeuille des actifs de qualité en phase de croissance tout en restant aux côtés du management. Les fonds de continuation ont de beaux jours devant eux, 45 % des répondants anticipent qu’un fonds LBO levé en 2030 sera amené à générer deux véhicules de continuation. Quant aux rendements, les multiples espérés par les acheteurs secondaires sur les véhicules de continuation mono-actif varient, de 1,9 fois à plus de 2,5 fois, en fonction du risque de la transaction, de la qualité de l’actif et de la réputation du GP. Des niveaux alignés avec ceux de 2024.
Le dynamisme du marché secondaire se confirme. En témoigne le montant record collecté par Ardian en janvier 2025, le gestionnaire d’actifs annonçait la levée de 30 milliards de dollars pour son neuvième fonds secondaire, du jamais vu. Avec le nombre de véhicules arrivant à maturité, et le besoin croissant de liquidité, le private equity peut parier sur de nouveaux record dès 2026.
Céline Toni