Les jeunes dirigeants d’entreprises familiales sont de plus en plus nombreux à mener des actions philanthropiques. Pourquoi ? Quelles sont les actions les plus répandues ? Comment mesurer leur impact ? Réponse avec Alexandre Mars fondateur et dirigeant d’Epic.

Décideurs. Quelles causes mobilisent le plus la nouvelle génération de patrons d’entreprises familiales ?

Alexandre Mars. Elle est particulièrement sensible à l’égalité des chances, perçue comme un impératif pour construire un monde plus juste, où chacun, indépendamment de son origine sociale ou géographique, peut accéder aux mêmes opportunités. L’environnement est également au cœur des préoccupations. Il ne s’agit plus d’un simple engagement moral, mais d’une nécessité absolue pour assurer la pérennité des générations futures. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons deux portfolios chez Epic : "enfance et jeunesse" et "environnement et générations futures".

Comment les nouvelles générations influencent-elles la vision philanthropique des entreprises familiales ?

Nous sommes à un moment charnière de l’histoire où les jeunes dirigeants, mais aussi leurs collaborateurs, n’acceptent plus les injustices sociales, se mobilisent et exercent une pression croissante sur leurs aînés. Cette prise de position influence directement la vision philanthropique des entreprises familiales, les incitant à intégrer davantage de responsabilité sociale dans leur gouvernance et leurs décisions stratégiques. Contrairement aux générations précédentes, qui percevaient la philanthropie comme un acte ponctuel et dissocié des activités économiques, la "relève" attend des entreprises qu’elles adoptent une approche plus engagée. Cela donne naissance à une philanthropie plus transparente, intégrée au cœur du modèle économique.

Quels conseils donneriez-vous aux familles pour impliquer leurs héritiers dans des projets philanthropiques ?

Il est essentiel de développer une curiosité sincère pour les autres, de comprendre les grands défis que nos sociétés devront affronter dans les décennies à venir. Cela suppose de prendre conscience de ses privilèges, du creusement des inégalités et du rôle que peut jouer la juste redistribution dans la stabilisation du monde. Avoir des parents eux-mêmes philanthropes est souvent un avantage. Dans mon dernier livre, Pause, j’explore la notion d’alignement, c’est-à-dire la cohérence entre nos pensées, nos valeurs et nos actions. Cela passe par des choix concrets : privilégier des modes de transport plus responsables, consommer de manière éthique, éviter certaines marques lorsque leur engagement envers le bien commun semble insuffisant. Il est essentiel de sensibiliser les jeunes dès le plus jeune âge. Leur participation aux initiatives familiales peut leur permettre de mieux comprendre les motivations profondes de l’engagement.

Epic se propose d’aider les entrepreneurs à maximiser leurs actions. Comment faites-vous ?

Beaucoup de donateurs veulent mieux donner, mais ne savent pas toujours comment s’y prendre. C’est pourquoi nous avons développé une école de la philanthropie, un programme conçu pour démocratiser le don stratégique. Par ailleurs, Epic sélectionne des organisations sociales pour rassurer les donateurs, afin qu’ils soient sûrs de "bien" donner. Depuis sa création en 2015, Epic a soutenu 55 associations sur 4 continents en mobilisant plus de 91 millions de dollars. Nous avons accompagné de grands groupes, comme Dior, Ardian, L’Oréal ainsi que des familles à travers l’Europe, pour structurer une philanthropie plus stratégique.

Propos recueillis par Patricia Cressot

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