Pour Arnaud Raimon, le Président d’Alienor Capital, les niveaux de valorisation des actions ne sont pas un obstacle à la hausse des marchés. L’environnement, marqué par des taux d’intérêt proches de zéro, reste favorable à l’investissement en Bourse.

Décideurs. Les marchés actions sont remontés en flèche depuis leur point bas de mars 2020. Les valorisations sont-elles encore attractives ? Voyez-vous toujours un potentiel de hausse ?

Arnaud Raimon. Les valorisations ne sont pas un obstacle à la hausse des actions même si les PER sur les résultats attendus en 2021 en Europe et aux États-Unis sont sensiblement supérieurs aux moyennes de long terme. Le contexte de taux d’intérêt durablement ancrés autour de zéro change clairement la donne. Grâce à ces taux déprimés, la prime de risque des actions oscille autour de 6% en Europe et autour de 4% outre-Atlantique. C’est une excellente rémunération pour le risque pris en investissant en Bourse (ou sur du Private Equity). Les transferts de liquidités et de placements de taux vers les actions sont d’ailleurs loin d’être terminés. Les théoriciens du retour à la moyenne comme Jeremy Grantham ou John Hussman finiront un jour par avoir raison mais ils risquent de devoir encore attendre.

Toute la question est de savoir qu’elle forme prendra la hausse à compter de maintenant : poussée régulière ou envolée spéculative ? Une progression régulière serait bien plus confortable et bien plus durable, mais on ne peut exclure un violent emballement des actions comme en 1999. On connaît la suite.

Quels sont les thèmes d’investissement que vous privilégiez ? Le style de gestion « growth » a-t-il toujours votre préférence ?

En effet…Les valeurs de croissance dans le contexte actuel sont portées non seulement par la hausse de leurs résultats mais aussi par la hausse structurelle de leurs multiples. Cette hausse des multiples est elle-même le résultat de la rareté de la croissance (dans un monde à croissance potentielle modeste) qui pousse à la payer d’autant plus cher que les taux d’intérêt à zéro favorisent les cashflows à duration longue (ce qui est le propre des valeurs de croissance). Si quelques actions comme Tesla ou Okta atteignent des valorisations certes questionnables, des leaders mondiaux ultra rentables comme Microsoft ou Thermofisher avec des croissances de l’ordre de 10% par an se traitent avec des PER 2021 inférieurs à 30. Nos secteurs préférés sont la technologie, les valeurs Internet, le matériel médical et les grandes marques de consommation discrétionnaires.

Nous n’achetons de valeurs « value » que pour jouer des reprises temporaires. Elles font du surplace séquencé en de longues phases de baisse suivies de courts mais foudroyants rebonds comme c’est le cas depuis le 9 novembre, date de la publication des excellents résultats de Phase III du vaccin de Pfizer.  Elles sont prisonnières de secteurs à croissance nulle et disruptés. Elles détachent certes des dividendes mais ni leur BPA ni leur PER ne progresse. Le rebond actuel n’est cependant pas encore fini pour les financières, l’automobile, l’aéronautique, les galeries commerciales.

"Les accidents sur les spreads de crédit arrivent régulièrement et offrent de bons points d’entrée "

Est-il encore possible de créer de la valeur sur les marchés obligataires dans un univers de taux durablement bas ?

Oui, mais en chassant des opportunités spéciales, des anomalies comme Korian ou Nexity à plus de 4% de rendement, ou en achetant de la dette de bonnes sociétés de pays émergents. Le market timing n’est pas inutile… Les accidents sur les spreads de crédit arrivent régulièrement et offrent de bons points d’entrée même sur la dette d’entreprises bien notées.

Quelles sont vos perspectives pour les marchés financiers durant les prochaines années ? Le déversement de liquidité par les banques centrales ne risque-t-il pas de créer des bulles sur certaines classes d’actifs ?

Les perspectives sont bonnes pour les actions avec certes des risques de soubresauts violents mais temporaires. Elles sont si bonnes que la possibilité d’une bulle est bien là. Si les multiples actuels gagnaient disons 50%, nous aurions une prime de risque actions proche de celle de 2000. Le cash deviendrait largement préférable. Ceux qui ont su vendre en 2000 même partiellement ne l’ont pas regretté. C’est là que la liberté de gestion prend tout son sens. Savoir investir c’est aussi savoir vendre.

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurélien)

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