L’homme le plus riche de Russie est plutôt discret. De l’extraction à l’exportation, il contrôle pourtant une grande partie de l’industrie métallurgique du pays.

Le saviez-vous ? Dans la langue de Pouchkine, Staline signifie littéralement "homme d’acier". Un surnom qui pourrait également convenir à Vladimir Lissine, magnat des métaux qui trône cette année à la première place des Russes les plus fortunés avec un compte en banque que Forbes estime à 22,8 milliards de dollars. Un pécule amassé sans tambours ni trompettes, sans liens avec le monde politique, mais avec une vraie maîtrise de la métallurgie.

Technicien plus que financier

Car plus qu’un financier audacieux, Vladimir Lissine est avant tout un technicien. Né en 1956 à Ivanovo, ville située à 250 kilomètres à l’est de Moscou, il grandit dans l’URSS kroutchevienne puis brejnévienne. Un pays où les bons élèves comme lui sont dirigés vers le secteur industriel. Il commence sa vie professionnelle comme mécanicien dans une mine de Sibérie en 1975 et y gravit peu à peu les échelons pour devenir ingénieur en chef en 1986.

Bien que milliardaire, Vladimir Lissine reste toujours un ingénieur dans l’âme. Il continue à étudier les techniques d’extraction ou d’acheminement et n’hésite pas à partager son savoir en enseignant ou en publiant des articles dans des magazines spécialisés (une centaine depuis 30 ans). En 1989, il est même titulaire du prix des sciences et de l’ingénierie.

De l’extraction à l’exportation

Au début des années 90, alors que l’URSS est en plein effondrement, quelques Russes malins et formés au capitalisme font main basse sur les ressources du pays soudainement privatisées. C’est le cas de Lissine qui, associé à trois financiers, met la main sur une grande partie de la production d’acier. En 2000, il prend le contrôle total d’une partie du "butin", le combinat métallurgique de Novolipetsk, devenu l’entreprise NLMK dont il prend le titre de PDG et qu’il développe rapidement. Ce qui lui permet de devenir l’homme le plus riche de Russie dès 2006.

Pour faire croître NLMK, Vladimir Lissine avance sur deux pieds : modernisation et contrôle de l’exportation. Les infrastructures sont peu à peu remises aux normes "occidentales", ce qui donne au groupe un niveau de productivité qui n’a rien à envier aux concurrents d’Europe et d’Amérique du Nord. En parallèle, il crée également l’Universal Cargo Logistic Holding (UCLH) afin de contrôler lui-même les exportations sans passer par des tiers. Plus qu’un "facilitateur", UCLH est devenu une poule aux œufs d’or puisque la société contrôle la majorité du transport de fret de Russie. Et ce, grâce à un investissement coûteux mais judicieux. En 2011, Vladimir Lissine rachète à l’État 95% de la compagnie des chemins de fer russes dédiée au transport de marchandises. Le voici à la tête de 85 000 kilomètres de voies ferrées et de 200 000 wagons qu’il modernise peu à peu. Entre temps, il devient également le premier armateur du pays.

Un franc-tireur

Dans le petit milieu des milliardaires russes, Vladimir Lissine est perçu comme un "franc-tireur" différent de ses congénères. Peu politisé, il ne fait pas partie des oligarques proches (voire le contrôlant) de Boris Eltsine. Il n’est pas non plus réputé proche de Vladimir Poutine comme Vladimir Potanine, Suleyman Kerimov ou les frères Rotenberg. Tireur, Vladimir Lissine l’est également au sens propre du terme. Ce passionné de tir sportif est depuis 2018 président de la fédération internationale de tir sportif.

Lucas Jakubowicz

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