De même qu’il perçoit la crise sanitaire comme une formidable "leçon d’humilité', Geoffroy Roux de Bézieux y voit une 'fenêtre de tir inestimable". Une opportunité à saisir sans attendre pour réconcilier notre économie avec une forme de croissance durable et responsable. Pour cela, le patron du Medef propose un plan d’action en quatre axes et en appelle à la responsabilité de tous.

Alors que, médias et politiques n’ont d’yeux que pour "le monde d’après", Geoffroy Roux de Bezieux, le reconnaît : il n’aime pas beaucoup cette expression qui "tend à mettre de côté le véritable défi qui nous attend : celui du monde de maintenant. Il va falloir apprendre à vivre avec les gestes barrières, la distanciation sociale, autant de défis à relever dès aujourd’hui pour nos entreprises", rappelle le président du Medef pour qui la crise aura constitué une magistrale "leçon d’humilité" en révélant au sein de notre modèle "des handicaps structurels" majeurs parmi lesquels "la fragilité de notre système sanitaire, le niveau record des impôts de production qui a découragé les entreprises à conserver leur production en France et a conduit à des pertes de souveraineté dans des filières clés, ou encore le poids de la centralisation". D’où la nécessité, pour lui, de faire de la pandémie un levier de transformation à échelle nationale.

Fenêtre de tir

"Cette crise nous oblige à revisiter certains fondamentaux : souveraineté, partage de la valeur, transition écologique… et elle crée une fenêtre de tir inestimable pour aller plus loin en matière de développement durable", répète Geoffroy Roux de Bézieux en rappelant que cette ambition, qu’il place "au cœur de la raison d’être du Medef", doit désormais devenir collective. "Nous avons tous une responsabilité, insiste-t-il. Les entreprises l’exercent au travers de leurs actions RSE. Elles sont prêtes à aller plus loin" .

Reste ce constat, indiscutable : "Produire décarboné coûte plus cher. Pour éviter que ce prix ne place nos entreprises dans une situation de concurrence déloyale, il faut absolument mettre en place un mécanisme d’ajustement carbone qui prenne en compte les différences de cabornation en Europe", explique-t-il. Faute de quoi, il en est convaincu : "ce sera la double peine : la planète ne sera pas sauvée et les emplois, eux, seront détruits."

"La crise sanitaire a permis de montrer le rôle central des entreprises dans le fonctionnement du pays".

"Relancer la machine"

Pour l’heure, les entreprises font preuve « d’une incroyable capacité de rebond », estime le patron des patrons pour qui les signes de reprise se multiplient. "Dans le commerce, les chiffres de consommation sont plutôt bons, les concessions automobiles ont fait un très bon mois de juin, l'immobilier tient bien, et les créations d'entreprise sont en hausse. Ce sont des signes que la confiance revient", rappelle celui pour qui reste, désormais, à renouer avec la création de richesse. "À relancer la machine. Vite et fort.". Ce à quoi le Medef s’est attelé avec un plan de relance en quatre axes et un unique mot d’ordre : "pragmatisme".

Pragmatisme

En résultent quatre leviers d’action identifiés comme prioritaires par le syndicat : relancer la consommation et l’inciter à être "locale et verte", "baisser massivement les impôts de production". L’emploi des jeunes est également une priorité. "Car après la crise sanitaire et la crise économique, il n’y aurait rien de pire qu’une crise sociale", résume le patron du Medef qui, pour éviter de voir la crise déboucher sur 'une génération sacrifiée", propose une exonération de charges pendant douze mois sur les premières embauches en CDI.

Restent les enseignements de la crise. Ce "positif" concédé par le patron du Medef. "Elle a permis de mettre en lumière le rôle central des entreprises dans le fonctionnement du pays, elle a rappelé l’importance d’une Europe unie et le dialogue social en est sorti renforcé", conclut-il avant de citer, pour preuve, les 5 500 accords d’entreprises signés durant la crise. 

Caroline Castets

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