Que ce soit en 1929 ou plus récemment en 2007-2008, les dernières crises mondiales avaient une cause commune : les dérives de la finance. Sanitaire avant tout, la crise actuelle ne rentre pas dans ce schéma éculé. L’occasion, pour les banques, de jouer un rôle majeur dans la lutte contre les défaillances. Et de redorer leur image.

« Une crise est une chose qu’il ne faut surtout pas gaspiller ! » Au-delà du côté provocant et choquant de ces propos attribués à l’économiste américain Paul Romer se cache l’idée simple qu’à chaque chose malheur est bon. De là à affirmer que cette maxime pourrait trouver à s’appliquer à la situation actuelle, il n’y a qu’un pas que le Financial Times ne franchit pas tout à fait. Cependant, le quotidien britannique s’interroge sur l’opportunité offerte aux banques du monde entier de prendre une part centrale dans la lutte contre la crise économique qui se profile.

« Courroies de transmission » essentielles

Une fois n’est pas coutume, malgré les difficultés certaines qui s’annoncent pour le monde des affaires et les particuliers du monde entier, ce sont les banques qui sont appelées à la rescousse. Il n’y a qu’à écouter les discours et annonces des responsables politiques pour s’en persuader. En effet, sans ces « courroies de transmission », tous les programmes de relance budgétaire et monétaire et autres mesures exceptionnelles d’aide à destination des entreprises et des personnes physiques resteraient lettre morte. Quel serait par exemple l’intérêt de déployer d’ambitieux plans de prêts garantis par l'État sans pouvoir compter sur leur mise en œuvre par les banques ? Certes, l’impulsion du mouvement ne revient bien sûr pas aux établissements bancaires, mais sa mise en œuvre en dépend entièrement. Le rôle des banques ne s’arrête d’ailleurs pas à celui d’un exécutant puisqu’elles font également remonter aux dirigeants politiques des informations sur l’état du marché et des besoins exprimés sur le terrain, comme le relève le Financial Times.

Numéro d’équilibriste

Le costume de secouriste est forcément bien plus confortable à enfiler que celui de responsable, voire de coupable. « Cette fois-ci, nous avons le sentiment d’être du côté des gentils », résumait au FT un banquier qui avait conseillé le gouvernement britannique en 2008.  Les banques ont donc parfaitement conscience de leur position et pourraient en profiter pour redorer leur image, déjà bien écornée par les précédentes crises. Pourtant, à en croire les déclarations, si les établissements bancaires entendent pleinement jouer leur rôle, ils ne monteront pas seuls au front. La crise, déjà exceptionnelle par la rapidité de sa propagation, pourrait aussi le devenir par son ampleur et sa durée. Dans ce cas, il n’est pas certain que les mesures prises jusqu’alors suffisent à éviter une crise globale, qui toucherait inévitablement les banques. Pour l’heure, les banques doivent s’astreindre à un délicat numéro d’équilibriste. Il leur appartient en effet de se montrer solidaires et pro-business en accordant des prêts ou des liquidités aux entreprises qui en ont besoin et dont l’activité pourra être pérenne sans pour autant mettre en péril leur propre solidité financière. Une chose est sûre, les arbitrages décidés aujourd’hui ne porteront leur fruits qu’à moyen terme et ne seront pas évaluables immédiatement. D’ici là, souligne le Financial Times, si elles voulaient marquer les esprits et prouver leur bonne foi, les banques pourraient – et certaines l’ont déjà annoncé – suspendre ou reporter les distributions de dividendes.

S. V.
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