L’instauration d’un budget de la zone euro est une mesure phare du projet européen d’Emmanuel Macron. Le 14 décembre 2018, malgré les réticences et les obstacles, le volontarisme français l’a emporté. Plus de 20 milliards y seront consacrés sur sept ans.

Le discours prononcé par Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à La Sorbonne, quelques mois après son élection, se voulait fondateur. Le président de la République y affirmait notamment que l’Union européenne avait « besoin de convergence et de stabilité par les réformes nationales, mais aussi par une coordination de nos politiques économiques et un budget commun ».

Parmi les mesures ambitieuses évoquées sur le plan budgétaire se trouvaient la possible nomination d’un ministre des Finances de la zone euro, mais aussi la mise en place d’une capacité budgétaire pour les pays ayant adopté la monnaie commune. Objectif : aider les dix-neuf états utilisant l’euro à renforcer leur union, en s’engageant ensemble dans des investissements d’avenir. Autre but, s’assurer d’une forte solidarité en cas de prochaine crise financière ou monétaire, au-delà du Mécanisme européen de stabilité. Le projet a tout pour plaire. Un budget de la zone euro consoliderait l’Europe monétaire et financière, et renforcerait son rôle d’influenceur économique à l’instar des États-Unis, et de leur budget fédéral.

Un premier pas

La création d’un budget dédié à la zone euro constitue une grande avancée dans le cadre d’une coopération économique renforcée. Et c’est un défi politique de taille auquel se sont confrontés les différents chefs d’État. Au départ réfractaire parce qu’affaiblie politiquement, Angela Merkel a apporté le soutien de l’Allemagne à la réalisation de cette proposition, sous réserve d’aménagements. Il faut dire que la moindre dépense décidée par le gouvernement allemand doit être validée par le Bundestag. De plus, les pays du Nord ainsi que les Pays-Bas avaient fait connaître leurs réticences. Au point de parler d’une « ligue hanséatique » prête à tuer dans l’œuf le projet. A force de négociation et de compromis, l’accord intervient le 14 décembre 2018. Une victoire marquante de la diplomatie et du volontarisme français face aux réticences de départ.

"Nous avons besoin d'un budget plus fort au coeur de l'Europe, au coeur de la zone euro"

Certes le budget sera moins ambitieux qu’espéré initialement. Mais il s’élèvera tout de même à environ 1 % du PIB des États membres pour la période à venir (2021-2027), soit 20 ou 30 milliards d’euros sur sept ans. Sur les bases de cette première avancée, Emmanuel Macron déclarait que le Conseil des chefs d’État européens « est celui des résultats, il marque une étape importante compte tenu de ce que la France avait proposé il y a un peu plus d’un an ».

La convergence comme ligne directrice

L’objectif de ce budget, d’après la feuille de route franco-allemande pour la zone euro du 19 juin 2018 est : « de promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro. » C’est en cela que la proposition du président de la République se veut volontariste, aussi bien dans l’esprit que dans le texte. Si la ligne retenue diffère du projet initial, le nouveau budget financera des investissements « dans l’innovation et le capital humain ».

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Sur ce dernier point, des investissements dans la formation, par exemple, sont envisagés, pour aider au rattrapage de certains pays, fait-on valoir à Paris. Alors que le rôle de base de ce budget devait être celui d’un outil de stabilisation économique en cas de crise, il n’est pas inconcevable d’y voir un support de convergence et de compétitivité économique. Un constat partagé par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker qui, en décembre 2018, se réjouissait du résultat tout en appelant à aller plus loin : « Nous avançons, mais pas assez rapidement. » Reste à attendre juin 2019, délai fixé aux ministres des Finances européens pour déterminer le contenu détaillé de ce budget tant attendu. Mais la reconnaissance budgétaire de l’Europe de la zone euro est une naissance politique forte. Elle acte l’existence d’une zone monétaire et budgétaire, resserrée donc plus facile à piloter, et avec des solidarités renforcées.

Pierre-Etienne Lorenceau

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