Comment les fintechs bouleversent-elle le monde financier ? Une question complexe sur laquelle de nombreux acteurs s’interrogent. Entre modèle disruptif avéré et mutation certaine de l’ensemble d’une industrie, les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence apportent quelques éléments de réflexion.

Plus rapides et plus agiles ?

Certains considèrent les fintechs comme précurseurs d’un monde qui change. Pour Kabirou Mbodje, président et fondateur de Waris, nous serions en train de parler de la quatrième révolution industrielle ». L’une des vertus offertes par les fintechs seraient de replacer le client au centre du jeu, en l’intégrant en qualité de pleine partie prenante du processus économique. Kabirou Mbodje l’assure : « les fintechs vont reprendre le rôle de base des établissements bancaires qui est celui de garder l’argent des clients, tout en se partageant la chaîne de valeur ».

Michel Cicurel, président d’UBS La Maison de gestion, ne voit pas d’un mauvais œil l’arrivée de nouveaux outils technologiques. Les principaux bienfaits de leur utilisation se matérialiseraient par davantage de fluidité opérationnelle. Selon l’ancien président du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, « certains métiers seront avantageusement remplacés par des robots, ce qui peut réduire ou éviter l’erreur humaine. La robotisation dans le secteur financier est inévitable. Il est évident, dans une banque, que l’initiative personnelle a perdu du terrain. Cependant, les fintechs ne seraient pas la nouvelle pierre philosophale du secteur financier, notamment du fait « que les autorités ne migreront pas d’un système relativement bien régulé vers un monde entièrement digital ». Michel Cicurel ajoute qu’il « n’y aura pas d’Amazon de la banque ou de l’assurance. On constate que les banques ont des rentabilités qui varient de 5 % à 7 %, ce qui n’a rien à avoir avec Amazon… Si ce type d’acteur prend une position importante, son cours de bourse s’effondrera. Les fintechs doivent se faire financer par de grands acteurs bancaires afin que ceux-ci les accompagnent dans leur développement ».

De quels risques parle-t-on ?

Pour Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la Fédération Bancaire Française, les fintechs peuvent éventuellement venir en soutien du secteur déjà établi. La technologue serait à même « de faciliter les moyens de paiement dans des zones où ce type de service n’est pas développé, comme cela peut être le cas en Afrique ». En effet, elle estime que « se diriger vers un système de peer to peer géant poserait d’importants problèmes de sécurité financière. »

Du côté de la BRI (Banque des Règlements Internationaux) et de son directeur général adjoint, Luiz Pereira da Silva, « il y a un changement de comportement apporté par les fintechs, ce qui amène un certain nombre de risques ». Si elles concourent à accélérer les transactions à réduire leurs coûts, dès lors que les bigtechs placeront le curseur sur l’intermédiation financière, sans disposer de fonds propres significatifs, elles pourraient bien se heurter « à une crise réputationnelle aux conséquences très importantes ».

Que faut-il comprendre de cela ? Evidemment, l’Europe aura un rôle majeur à jouer grâce à son gisement de start-up et de talents, notamment face à l’accélération fulgurante de la Chine. Enfin,  Kabirou Mbodje prévoit que « l’économie de demain verra les plus rapides l’emporter sur les plus gros »…  

Yacine Kadri

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