Eight Advisory évangélise le restructuring
Depuis quelques années, le monde du restructuring se réorganise et voit l’émergence de nouveaux acteurs. Eight Advisory, le spin-off de huit associés d’Ernst & Young lancé en novembre 2009, est le dernier d’entre eux. Avec des « Big » de plus en plus concentrés, l’appel d’air est évident pour les indépendants libérés du commissariat au compte et de ses conflits d’intérêt potentiels. Une tendance logique et qui porte ses spécificités.
«C’est aussi une histoire d’amitié?». C’est par ces mots que Pascal Raidron, fondateur et président d'Eight Advisory, introduit la genèse du nouvel acteur du transaction services et des restructurations de la place de Paris. Neuf mois après sa création en novembre?2009, la structure compte aujourd’hui 65 professionnels, dont six en back-office, quatre à Lyon, et deux à Londres. Des effectifs qui permettent au cabinet de se vendre auprès des fonds et corporate comme l’une des plus importantes équipes spécialisée sur ce segment.
Le temps béni des Big 8
Au début de l’aventure Eight Advisory, il y a le départ groupé et massif, à la fin de l’année 2009, de huit associés d’Ernst & Young. Plusieurs éléments ont participé à ce revirement. Parmi eux, le fait que le Big 4 soit passé d’une organisation en partnership à une «?corporation?» en novembre 2008. Mais les associés du nouveau cabinet préfèrent avancer leur volonté de construire sur la base de l’indépendance. Parmi les huit fondateurs, tous gardent un souvenir ému du temps béni des Big 8 (cf. encadré en bas de page). Depuis 1989, suite aux fusions successives des principaux réseaux d’audit comptable, leur nombre est passé de huit à quatre et les Big 8 sont devenus les Big 4. «?Revenir sur le niveau d’exigence des Big 8?» est d’ailleurs un des objectifs que se fixe Cédric Colaert, associé restructuring chez Eight Advisory.
Un pari ambitieux
Montée en puissance
À terme, le cabinet devra compter environ 150 professionnels, et voir son chiffre d’affaires s’établir autour de 40 millions d’euros (contre 14 millions d’euros prévus pour 2010). Mais, aussi déterminé soit-il, le président Pascal Raidron est bien conscient du contexte économique actuel. En réponse aux cassandres mettant en doute la stratégie agressive de développement, il aime à préciser que « [notre] projet est une vision du marché, qui fixe les objectifs à trois ou cinq ans et permet la flexibilité de [notre] montée en puissance. En fonction des tendances plus ou moins porteuses, le business model d'Eight peut jouer sur le rythme des recrutements ou les dépenses de marketing ». En d’autres termes, le chemin est connu, tout dépendra de la fréquence des péages et des embouteillages.
Le sceau du restructuring
Concernant les métiers, le cabinet propose une palette de huit offres, chacune développée par un associé particulier. Dernière arrivée, Martine Glineur, ex-PricewaterhouseCoopers, prend les commandes de l’activité évaluation, avec pour objectif de développer les produits type allocation du prix d’achat, impairment tests, évaluation fiscale et évaluation des bons de souscription d’action (BSA – management package).
Mais il ne faut pas s’y tromper, avec près de la moitié des équipes formée aux problématiques du retournement et de sous-performance des entreprises – sous la responsabilité de Cédric Colaert assisté de quatre autres associés – Eight est bien marqué du sceau du restructuring.
Pour ce qui est du maillage géographique, seul Londres, avec deux professionnels, est pour l’instant ouvert à l’étranger. Pascal Raidron, qui dit avoir «?conscience qu’il faut au moins dix personnes pour exister sur un marché, d’où la montée en puissance rapide de Eight pour atteindre déjà 65 collaborateurs aujourd’hui?», affirme qu’« il est nécessaire, à terme, d’ouvrir des bureaux en Allemagne, aux États-Unis, consolider la présence en Angleterre et mettre en place des partenariats en Italie, en Suisse et au Benelux pour développer le réseau et répondre aux attentes du marché par rapport aux deals cross-borders?».
Le faux débat de la signature
La tendance actuelle n’est pas favorable aux activités de conseil à la transaction des Big 4, qui voient une part non négligeable de leur marché de plus en plus concurrencée par des firmes indépendantes. Bien sûr, les fonds, les entreprises sont a priori favorables à l’apparition de nouveaux acteurs, synonyme d’une plus grande diversification de l’offre. La question de la signature est un faux débat pour qui s’attarde sur l’expérience des professionnels à la sauce Eight, qui étaient encore il y a peu les piliers de l’offre Ernst & Young.
Les «?Big?», comme leur nom l’indique, ont les qualités de leurs défauts. Leur présence globale, si structurée, est une force évidente dans un monde qui se globalise.
À Paris, les lignes bougent à toute vitesse dans l’industrie du conseil financier. Les acteurs affûtent leurs armes et cherchent la perle rare pour renforcer leurs équipes. Nul ne sait quel acteur va prendre le leadership sur ce segment. Les associés d’Eight, eux, sont en tout cas prêts à se dépasser, quitte à évangéliser. Après tout, Cédric Colaert ne dit-il pas qu’«?il faut organiser le passage de l’ancien au nouveau monde avec un choix plus important de conseils et donc une concurrence accrue » ?
Juillet 2010



