CEO et fondateur de Legalcluster, Jean-Marie Valentin transmet une vraie vision de la transformation numérique de la fonction juridique grâce son entreprise de legaltech. Portrait de celui qui veut faire passer l’humain avant les data.

Jean-Marie Valentin est un homme de conviction. Lorsque, très jeune, il fonde le cabinet SVZ avec Franck Sekri et Yamina Zerrouk, c’est parce qu’il est convaincu que gravir les échelons au sein d’un grand cabinet international n’est pas la seule façon de réussir en tant qu’avocat. Plus tard lorsqu’il fonde Legalcluster, c’est parce qu’il souhaite avoir un impact sur le marché du droit selon sa vision humaniste de la numérisation. Et l’entrepreneur ne fait pas les choses à moitié : lorsqu’il lance sa legaltech et en devient le CEO, il quitte la robe et décide de se faire omettre du barreau. "J’ai adoré exercer en tant qu’avocat, mais je considère que quand on exerce cette profession, on doit le faire pleinement et en toute indépendance, explique-t-il. J’ai considéré que mon statut chez SVZ n’était pas compatible avec le fait de devenir président d’une société commerciale qui avait vocation à se confronter au marché de la technologie appliquée au droit. De la même façon, lancer son entreprise demande une implication totale. J’ai aussi fait ce choix par respect pour ceux qui se sont lancés dans l’aventure avec moi et pour mes clients." Reconnaissant, Jean-Marie Valentin s’estime en quelque sorte chanceux d’avoir pu prendre un tel risque entrepreneurial et d’ainsi concrétiser ses ambitions.

Mettre la technologie au service de l’Homme

L’ex-avocat a commencé à s’intéresser aux répercussions de la transformation numérique sur le marché du droit il y a environ huit ans. Il prend alors conscience que les évolutions législatives et réglementaires, notamment en matière d’éthique et de conformité, ont fait de chaque collaborateur d’une entreprise un acteur de la fonction juridique. Il tire alors une conclusion : "Les solutions technologiques dans ce domaine ne peuvent donc plus s’adresser aux seuls juristes." Pour que chaque membre participant à la chaîne de valeur des fonctions juridiques puisse exécuter ses responsabilités quotidiennes en toute sécurité, Jean-Marie Valentin imagine alors Legalcluster, "un outil qui adresse les enjeux juridiques, d’éthique et de conformité dans une approche collaborative, où chacun a accès à ses statuts juridiques grâce à son profil".

"Je veux démontrer qu’on peut utiliser la technologie pour valoriser les personnes"

La raison d’être de son entreprise ? "Mettre la technologie au service des hommes et des femmes qui participent à la chaîne de valeur des fonctions juridiques, affirme le CEO. Nous considérons que le droit, avant d’être un enjeu de données et de workflow, est un enjeu de personnes. Il ne faut pas les faire disparaître derrière la technologique, mais plutôt mettre la technologie à leur service : c’est notre conviction fondamentale." Jean-Marie Valentin reconnaît en effet sans mal que la révolution technologique implique un grand risque de déshumanisation du droit, de disparition de l’humain derrière la data. "C’est aussi pour ça que j’ai décidé de me lancer, pour être un acteur engagé et proposer une autre vision de la numérisation. Je veux démontrer qu’on peut utiliser la technologie pour valoriser les personnes", affirme-t-il.

Plateformiser les communautés juridiques européennes 

Aux personnes qui se montrent réticentes à l’égard de la transformation numérique du droit, le fondateur de Legalcluster oppose plusieurs arguments. Pour lui, les cabinets d’avocats français ont un problème structurel de modèle économique qui les empêche d’être maîtres de leur développement technologique. Il met en garde : "Les cabinets anglo-saxons investissent massivement dans la technologie ce qui va leur donner un avantage concurrentiel considérable dans le futur." Côté entreprises, il considère que "les exigences de croissance durable, qui incluent notamment la conformité et l’éthique, ont fait de chaque donnée de l’entreprise une donnée juridique, qui doit alors recevoir une qualification juridique." Pour Jean-Marie Valentin, la "plateformisation" des fonctions juridiques est donc inévitable. Avec Legalcluster, les entreprises bénéficient d’un outil de gouvernance des données liées aux enjeux juridiques, d’éthique et de conformité permettant de les collecter, de les cartographier, d’en assurer le traitement et de piloter le risque que celui-ci implique.

Se posera alors une question : qui pour plateformiser les communautés juridiques européennes ? L’ambition de Legalcluster est de devenir ce soldat européen face aux plateformes american base et china base dont Jean-Marie Valentin constate l’émergence. Il déclare : "Je voudrais que mon entreprise devienne un bien commun, un outil d’influence pour les entreprises françaises et européennes dans leurs partenariats économiques internationaux. Je souhaite faire prospérer une plateforme souveraine au service des communautés professionnelles juridiques en Europe. C’est ça l’influence que j’espère avoir sur le marché." Au-delà de la numérisation, l’entrepreneur s’intéresser plus largement aux mutation de la filière juridique dont il souhaite faire "un atout compétitif pour notre pays et nos entreprises". Il a ainsi initié l’association de la Filière des Services Juridiques et du Droit dont il est aujourd’hui le président. L’organisation vise à faire reconnaitre les acteurs des services juridiques et du droit au sens large comme une véritable filière industrielle d’avenir. Pour ce faire, elle rassemblera dans les prochains les acteurs du secteur ainsi que les pouvoirs publics afin de négocier un contrat de filière afin de structurer cette démarche aussi ambitieuse que nécessaire. 

Léna Fernande

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