Époque charnière sur les questions climatiques et sociétales, la place financière n’en est qu’aux prémices de sa capacité à faire bouger les choses. Si la France a été l’un des premiers pays à s’atteler à une finance plus responsable, l’urgence demeure. Jean-Denis Bachot, directeur France de Fidelity International, décrypte les enjeux de demain.

DÉCIDEURS. Pouvez-vous nous parler de Fidelity International ? 

Jean-Denis Bachot. Fidelity International est une société de gestion d’actifs créée en 1969, qui gère près de 800 milliards de dollars d’actifs au niveau mondial, et 13 milliards à l’échelle de la France. Notre identité se concentre sur trois spécificités : notre indépendance (nous ne sommes pas cotés), notre envergure internationale avec une présence dans 25 pays et un comité exécutif foncièrement diversifié avec une pluralité de cultures représentées, et enfin notre ADN de gestion active, favorisé par une recherche propriétaire très importante. Nous allons à la rencontre des entreprises et les analysons ainsi sur le plan financier ainsi qu’extra-financier. Nos équipes d’investissement comptent près de 200 analystes à travers le monde, cela est unique et fait partie intégrante de la valeur ajoutée apportée à nos clients. En France, nous nous efforçons d’être le plus français des acteurs internationaux pour être au plus proche de nos clients. 

"Le tournant a eu lieu certainement avec la COP 21"

En tant que société de gestion d’actifs, comment définiriez-vous l’importance d’intégrer les critères financiers et extra-financiers dans votre gestion ?  

Aujourd’hui, intégrer ces critères au sein de la gestion n’est plus une option. La France a été assez précurseur sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), en particulier au sein de la communauté des investisseurs institutionnels. Le tournant a eu lieu certainement avec la COP 21, il y a environ cinq ans, qui a éveillé les sensibilités des acteurs de politiques et économiques sur les sujets environnementaux, suivis de près par les sociétés de gestion financière. Aujourd’hui, il est clair qu’extra-financier et financier sont intimement liés. C’est la raison pour laquelle, chez Fidelity, nous l’abordons avec une approche intégrée : nos analystes sont en charge de l’analyse fondamentale des sociétés qu’ils couvrent, et c’est eux précisément - au plus proche des entreprises - qui émettent un avis sur les composantes extra-financières également. Pour cela, ils ont été initiés et formés aux problématiques ESG. In fine, cela nous a permis de développer un système de notation ESG propriétaire, unique sur le marché étant donné l’étendue et la profondeur de la recherche de Fidelity.  Nous l’avons d’ailleurs fait évoluer très récemment, pour renforcer la granularité des données analysées. Ce nouveau système 2.0 permet d’obtenir des notations en absolu et/ou en relatif et ainsi d’agréger les données de manière flexible à l’échelle des portefeuilles. De plus, les analystes évaluent notamment la trajectoire ESG des entreprises, dotant ainsi nos notations d’une dimension prospective. Notre objectif est d’accompagner les sociétés dans l’amélioration de leurs pratiques. Pour ce faire, nous recourons également à notre dispositif d’engagement et de votes aux assemblées générales, clairement défini, pour influencer de manière positive les comportements des entreprises. 

"Cela nous a permis de développer un système de notation ESG propriétaire, unique sur le marché"

Comment intégrez-vous ces critères dans les différentes classes d’actifs ?  

L’ensemble de nos fonds bénéficient de notre recherche propriétaire. Ensuite, nos gérants se situent à des degrés d’avancement distincts dans leur appréhension des sujets ESG. Nous pouvons distinguer trois cas :   D’abord, une partie de nos fonds sont classés Article 6 selon la réglementation SFDR, sans contrainte ESG spécifique. Ensuite, nous disposons d’une cinquantaine de fonds classés Article 8 (SFDR), pour lesquels un minimum de 50 % des actifs nets sont investis dans des titres disposant de bonnes notations ESG. Parmi ces fonds, nous retrouvons plusieurs de nos stratégies phares. Enfin, nous avons une gamme "sustainable" composée d’une quinzaine de fonds, tous classés Article 8, qui, en plus, intègrent des critères extra-financiers plus marqués (avec un minimum de 70 % des actifs nets investis dans des titres disposant de bonnes notations ESG, les 30 % restant sont investis dans des entreprises avec des trajectoires en amélioration, où des exclusions spécifiques s’appliquent). Certains fonds de notre "Sustainable Family" sont orientés sur des thématiques précises, telles que l’eau ou les déchets et cette gamme a vocation à s’étoffer. 

En matière de réglementation, où en sommes-nous sur l’investissement responsable ?  

En France, nous assistons à une démultiplication des réglementations. Si elles visent davantage de transparence, cela peut parfois complexifier le paysage. Nous essayons de comprendre les besoins de nos clients et ainsi se conformer aux nouvelles réglementations en vue de leur offrir un meilleur service, en restant en ligne avec nos convictions. Idéalement, une meilleure coordination européenne sur le plan réglementaire nous permettrait d’y voir plus clair. Cela dit, notons que nous avançons dans le bon sens.  

"Un nombre croissant d’entreprises définissent leur raison d’être, un cadre qui va au-delà de leurs résultats financiers"

L’investissement responsable connaît depuis quelque temps un engouement de plus en plus important, quelles sont, selon vous, les raisons de ce succès ?  

Il y a une prise de conscience collective, en particulier sur les questions environnementales. Ce sujet est sur toutes les lèvres aujourd’hui. Le capitalisme est réévalué selon un horizon long, au travers d’un prisme visant une pérennité écologique et sociale : s’il est certes nécessaire de créer de la valeur et des emplois, nous ne pouvons pas éluder certaines externalités ; cela doit se faire de manière responsable, à la lumière des considérations ESG. À ce titre, un nombre croissant d’entreprises définissent leur raison d’être, un cadre qui va au-delà de leurs résultats financiers. Il faut saluer ce type d’initiatives face aux urgences climatiques et sociales. Dans cet environnement mouvant, la pandémie a été un important catalyseur. La croissance à tout prix, telle que nous l’avons connue ces 80 dernières années, n’est plus ni souhaitable ni envisageable. 

Quelles sont les tendances qui se dessinent pour 2022 ?  

Nous entrons dans l’ère de la donnée, ce qui nous permettra d’éviter le "greenwashing". Par ailleurs, les enjeux du climat et de la biodiversité suscitent un intérêt grandissant de la part de la communauté financière et soulèvent de multiples questions. En outre, la notion d’impact monte en puissance. Face à ce constat, la définition d’un cadre cohérent et plus uniforme, pour nous permettre de tous avancer dans le même sens, devient de plus en plus indispensable. 

Propos recueillis par Marine Fleury 

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