Après une carrière d’avocate et une expérience au sein d’une grande entreprise française de solutions de mobilités, Charline Le Clainche rejoint Tereos en 2019. Elle nous partage sa vision du métier de compliance officer et revient sur la complexification des réglementations applicables.

Vous avez été avocate pendant de nombreuses années. Cette expérience vous aide-t-elle dans le cadre de vos fonctions actuelles ? 

Oui, tout à fait ! J’ai exercé pendant plusieurs années dans de grands cabinets au sein desquels je suis intervenue sur des dossiers d’envergure internationale. Cela m’a permis de comprendre qu’une même situation peut ne pas être appréhendée de la même manière en fonction des juridictions étatiques et j’ai pu acquérir une bonne connaissance de la culture juridique dans différentes zones géographiques du monde. Par exemple, dans le bureau bruxellois du cabinet Gide Loyrette Nouel, j’ai pu travailler sur des dossiers pour lesquels nous représentions des États devant l’organe de règlements des différends de l’OMC. Chez Vogel & Vogel, j’ai traité des dossiers en droit de la concurrence, souvent multi-juridictionnels, et cela m’a donné l’expérience du rapport avec les autorités. Enfin, être avocat, c’est aussi avoir une capacité d’analyse, savoir problématiser les choses très rapidement, ce qui permet également de développer une certaine créativité par l’accompagnement des réformes du droit et des jurisprudences : nous pouvons créer le droit et ne pas subir son évolution. 

"Être un ancien avocat ou venir du monde judiciaire est certainement un atout pour exercer le métier de compliance officer."

Avec la complexification de la réglementation, le directeur de la compliance occupe une place de plus en plus stratégique. Selon vous, quel profil doit-il avoir ? 

Il doit avoir de bonnes connaissances des systèmes judiciaires et des différents environnements juridiques mondiaux : même si les textes sont parfois identiques, les pratiques et interprétations sont différentes. Il doit également connaître les autorités et leurs pratiques. Être un ancien avocat ou venir du monde judiciaire est certainement un atout, mais les profils sont variés et je pense que des personnes venant de l’audit, de la finance ou ayant fait un MBA ont les compétences nécessaires pour exercer ce métier et sont de véritables atouts au sein d’une équipe compliance. Ensuite, il est fondamental d’être un véritable business partner qui comprend les enjeux de son métier pour la société dans laquelle nous évoluons. 

Comment la fonction de directeur de la compliance a-t-elle évolué ?

Elle était au début perçue comme une obligation réglementaire additionnelle et non comme une priorité pour les entreprises. La loi Sapin 2 a ensuite pris de la place, notamment grâce à son extraterritorialité, et aujourd’hui, les groupes français ont compris son importance et voient de plus en plus les programmes de conformité comme une protection et un gage de confiance en interne comme en externe : le fait d’être doté d’un programme de compliance conforme à la loi Sapin 2 facilite les échanges et les relations d’affaires avec les partenaires commerciaux étrangers.

"L’enjeu est d’évoluer dans un système international complexe où les réglementations internationales se superposent."

Quels sont les principaux enjeux éthiques et de compliance dans votre secteur dactivité et à quels obstacles devez-vous faire face ?

L’enjeu est d’évoluer dans un système international complexe où les réglementations internationales se superposent. Même si les réglementations en la matière se rejoignent et convergent vers le même objectif, il est important, lorsque l’on appartient à un groupe international, de veiller à promouvoir la loi Sapin 2 comme les Américains et les Britanniques l’ont fait auparavant avec leurs propres lois. 

Comment sensibilisez-vous vos salariés aux risques de corruption ? 

En respect de la loi Sapin 2 et des recommandations de l’AFA, nous avons déployé un programme de conformité complet qui comprend la diffusion d’un code anticorruption avec des exemples concrets et un programme de formation en présentiel et à distance. 

Vous déplacez-vous dans les différents pays où est présent Tereos à la rencontre des opérationnels ?

C’est mon souhait, car je suis une femme de terrain ! Mais depuis mon arrivée chez Tereos en 2019, je n’ai malheureusement pas pu le faire en raison notamment de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19. Depuis le début de l’année, j’ai donc fait beaucoup de visioconférences avec les opérationnels. Pour moi, un programme ne peut fonctionner que s’il est simple accessible et adapté à la structure et à l’activité de l’ensemble des collaborateurs. Je n’envisageais donc pas de réformer un programme sans pouvoir en discuter avec les principaux intéressés. 

Propos recueillis par Clémentine Locastro

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