Si certaines entreprises ont suspendu leur processus de recrutement durant le confinement, d’autres ont accueilli, à distance, de nouveaux collaborateurs. Parmi eux, deux juristes nous ont raconté leur arrivée si particulière.

Joana Roucayrol, responsable juridique

Décideurs Juridiques. Comment s’est déroulée votre prise de fonctions en plein confinement ?

Joana Roucayrol. Un peu difficile au début ! Mon embauche a été confirmée début mars mais ma direction a été franche avec moi en m’indiquant que mon arrivée avait été remise en cause questionnée du fait des annonces gouvernementales de confinement. Il faut dire que notre groupe est un spécialiste de la restauration haut de gamme à Paris et de l’organisation d’événements, un secteur durement touché par la crise du Covid-19. Finalement, j’ai pris mes fonctions le 14 avril et j’ai bénéficié d’une passation d’une semaine. Mais la circulation des informations a été ralentie au démarrage, j'ai dû aller les chercher de ma propre initiative, et la distance n’arrangeait pas les choses. Avec le temps et les prises de contact en direct, tout s’est finalement mis en place.

Sur quels types de missions travaillez-vous ?

J. R. J’ai été embauchée pour remplacer une responsable juridique plus junior afin de renforcer la fonction dans l’entreprise, réorganiser le budget consacré aux avocats et accompagner la croissance de l’entreprise. Mon domaine d’intervention s’étendait donc au corporate, aux contrats, au droit des assurances, à la protection des marques, à la gestion des contentieux et du pré-contentieux. Mais en réalité, j’interviens surtout comme pompier : renégociation des baux, gestion des franchises, suspension ou annulation de contrats (en nombre peu important heureusement) et préparation de la reprise pour les prochains mois. Malgré un contexte difficile, le groupe reste optimiste sur son avenir : les Parisiens feront toujours la fête.

Le droit sortira-t-il affaibli ou renforcé de la crise ?

J. R. La fonction juridique est incontournable dans toute entreprise qui veut croître mais il arrive souvent que les moyens accordés aux juristes ne soient pas à la hauteur des ambitions. Le risque est de devenir incontournable pour les opérationnels mais pas pour la direction générale ! La mentalité française commence à évoluer et à percevoir que les directions juridiques ne sont plus uniquement des centres de coûts mais bien des business partners.

 

Pauline Marceaux, responsable juridique, Zenith (groupe LVMH)

Décideurs Juridiques. Comment s’est déroulée votre prise de fonctions en plein confinement ?

Pauline Marceaux. J’ai signé mon contrat en janvier et pris mes fonctions fin mars. Malgré le confinement, mon arrivée a été très bien organisée. J’ai reçu un ordinateur à mon domicile et chaque manager s’est engagé dans un parcours d’intégration en visio conférence. J’ai eu beaucoup de chance d’arriver dans une société qui a su mettre en oeuvre une procédure d’accueil adaptée, malgré la fermeture des manufactures d’horlogerie dont je m’occupe dorénavant. 

Sur quels types de missions travaillez-vous ?

P. M. J’ai été recrutée dans le cadre d’un départ pour assurer le management du service juridique de Zenith (groupe LVMH) au Locle (Suisse). Je suis donc responsable de toutes les matières juridiques excepté le droit social. La crise du Covid-19 n’a pas foncièrement changé la feuille de route initiale. En réalité, la panique que la crise a entraîné me rappelle celle qui a eu lieu après l’adoption du RGPD, et qui s’est vite essoufflée. Par exemple, sur la protection des données, si l’entreprise a mis en place les programmes de compliance adapté, il n’y a rien à craindre. 

Le droit sortira-t-il affaibli ou renforcé de la crise ?

P. M. Les juristes considèrent souvent qu’ils sont incontournables, mais en réalité nous intervenons en support des opérationnels et des autres directions. J’ai toujours été rattachée au directeur financier, je le suis encore. Cette position pose problème à nombreux directeurs juridiques alors que je la trouve au contraire très confortable pour l’exercice de mes missions : cela me permet de rester indépendante, me protège et évite les pressions inutiles qui sont souvent étrangères aux fonctions juridiques.

Propos recueillis par Pascale D'Amore

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