Les produits structurés ont progressivement gagné en maturité au sein des allocations patrimoniales, non seulement en France, mais également sur les marchés européens. Louis Jacque-Bourguignon, responsable Marché France chez Cardif Lux Vie, revient sur le rôle de l’assureur, dont la responsabilité repose sur l’intérêt du client.
Louis Jacque-Bourguignon (Cardif Lux Vie) : "La lettre circulaire 15/3 impose des critères stricts concernant la solidité de l’émetteur"
Décideurs. En tant qu’assureur-vie, comment adaptez-vous votre offre de produits structurés dans un environnement de marché aussi volatil ?
Louis Jacque-Bourguignon. Les produits structurés sont devenus un pilier incontournable de la diversification en assurance-vie, au même titre que d’autres solutions alternatives, comme le private equity. Face à la demande croissante, nous avons structuré notre offre autour de trois types de supports : le Fonds interne dédié, le Fonds interne collectif et le Fonds d’assurance spécialisé (FAS).
Quelle est la différence entre ces trois supports ?
Le Fonds interne dédié s’adresse aux clients souhaitant une gestion entièrement déléguée à des experts, au sein duquel une allocation 100 % structurée est possible. Le Fonds interne collectif, plus souple en matière de ticket d’entrée, permet à plusieurs clients de mutualiser leur accès à une solution dite « produit de campagne ». Enfin, le FAS est une enveloppe sur mesure, construite spécifiquement pour répondre aux besoins d’un seul client.
Quel rôle joue Cardif Lux Vie dans le processus de commercialisation ?
Nous sommes là pour accompagner la mise en œuvre. Par exemple, si un partenaire nous dit vouloir proposer un produit structuré à l’ensemble de sa clientèle, nous orienterons vers un Fonds interne collectif, plus adapté en ce qui concerne les coûts et la mutualisation. À l’inverse, pour une solution très ciblée, comme un produit sur le secteur du luxe à 300 000 euros pour un client précis, nous recommanderons un FAS.
Comment sélectionnez-vous les produits structurés que vous intégrez à vos contrats ?
Nos partenaires CGP, banques privées et gestionnaires financiers sont force de proposition. De notre côté, nous intervenons pour évaluer la rentabilité, la complexité, ainsi que les critères extrafinanciers, notamment ESG ou ISR. Nous devons également nous conformer aux exigences du régulateur luxembourgeois, notamment celles de la lettre circulaire 15/3, qui impose des critères stricts concernant la solidité de l’émetteur, la clarté du produit et sa compatibilité avec le profil du client. Cela dit, nos partenaires savent ce qui est éligible ou non, et nous n’avons que rarement à refuser un produit structuré.
Les produits structurés ne sont-ils utilisés que comme instruments de diversification ou peuvent-ils répondre à des objectifs de performance ?
Certains clients cherchent une option alternative aux placements traditionnels, là où d’autres visent clairement la performance. Nous avons des mandats 100 % structurés, au sein desquels les clients trouvent une rentabilité égale, voire supérieure à celle du fonds général, tout en bénéficiant d’un niveau de sécurité adapté. Ces produits peuvent parfaitement s’intégrer à une stratégie patrimoniale prudente, combinant fonds général et produits structurés. Nous observons même des clients pour qui cette classe d’actifs peut représenter l’intégralité du contrat.
N’est-ce pas risqué d’être à 100 % investi en produits structurés ?
Si le portefeuille est diversifié en sous-jacents, en échéances, et en profils de risque, cela peut fonctionner très efficacement. C’est pour cela que nous veillons à ce que ces allocations soient gérées par des professionnels avertis. Rappelons que l’assurance vie elle-même est une poche parmi d’autres au sein du patrimoine global du client, qui peut contenir immobilier, cash, titres vifs, etc.
Y a-t-il des contextes de marché dans lesquels ces produits seraient déconseillés ?
Il y a autant de produits structurés que de stratégies. Certains jouent sur des indices actions, d’autres sur des taux obligataires, d’autres encore sur des thématiques spécifiques… Les marchés peuvent donc ouvrir ou fermer des perspectives d’investissement selon les constructions. C’est là qu’intervient la valeur ajoutée du professionnel, pour ajuster les typologies en fonction du contexte.
Certains conseillers restent réticents quant à l’opacité, la complexité des produits structurés ou les frais qu’ils impliquent. Que leur répondez-vous ?
Ce sont des points de vigilance qui concernent aussi d’autres instruments financiers, comme les fonds de fonds. Ce qui compte, c’est l’adéquation entre le produit, le profil client et la transparence de l’information. De notre côté, nous veillons à ce que la documentation soit claire, complète et remise en temps utile. Nous nous assurons également que les produits proposés ne soient pas trop complexes et qu’ils servent toujours l’intérêt du client.
Selon vous, quelles sont les prochaines évolutions à attendre sur ces produits ?
Nous anticipons des changements réglementaires importants, notamment avec le Value for Money et la Retail Investment Strategy. Cela renforce l’exigence en matière de transparence et de rapidité dans la mise à disposition des documents. Nous avons mené un gros travail en interne depuis trois ans pour fluidifier les processus, mais le sujet reste très pointilleux. Nous espérons également une révision prochaine de la lettre circulaire du Commissariat aux Assurances luxembourgeois, qui régit l’éligibilité des actifs. Cela pourrait nous permettre de gagner encore en efficacité.
Propos recueillis par Marine Fleury
